mardi 2 juin 2015

Malte, jour 11 - Les Trois Cités

Pour notre dernière étape, nous partons ce matin pour les "faubourgs" de La Valette, communément appelés les Trois Cités (même si nous n'allons en voir que deux). En gros, si vous regardez les photos d'hier prises depuis les Barraca Gardens, nous sommes aujourd'hui de l'autre côté du port.

Nous commençons par la plus grande des Trois Cités, et aussi la plus chargée historiquement : Vittoriosa. C'est ici, alors que le coin ne s'appelait encore que Birgù, que les chevaliers (toujours eux) se sont établis à leur arrivée à Malte en 1530, et ici qu'ils sont restés jusqu'à la fondation de La Valette après le Grand Siège. Du coup, les souvenirs de leur passage sont nombreux et carrément imposants. Il y a d'abord le fort St Ange, qui joua un rôle important pendant le Siège mais qui est actuellement en travaux pour une ouverture au public à la fin de l'année. Il y a ensuite, concentrées dans quelques rues au centre de la ville, les auberges des chevaliers. Pour les repérer, ce n'est pas compliqué : plus le bâtiment est massif et carré, plus il a de chances d'avoir servi de caserne-couvent. Et puis surtout, il y a des plaques dessus... avec les noms en français. Allez comprendre.



A quelques pas des auberges, on trouve le Palais de l'Inquisiteur. Le bâtiment abrita d'abord le tribunal des chevaliers avant de devenir le siège de l'Inquisition romaine à Malte. Il a fallu attendre l'arrivée de Napoléon sur l'île pour que l'institution soit démantelée (comme quoi, l'invasion française aura au moins servi à quelque chose). La visite aura eu le mérite de nous apprendre quelque chose : l'Inquisition romaine n'a rien à voir avec l'Inquisition espagnole. Ici, le nombre de gens torturés en deux siècles et demi se compte sur les doigts des deux mains, et les condamnations à mort ont été encore moins nombreuses. Les accusés avaient droit à des avocats, la santé et l'hygiène des prisonniers étaient très importantes et l'Inquisiteur cherchait avant tout à vérifier la véracité des accusations. On est très loin de la boucherie espagnole et du bûcher quasi-automatique. A Malte, même les soi-disant "sorcières" s'en sortaient avec une simple obligation de se confesser toutes les semaines pendant cinq ans. Comme quoi, la religion catholique peut encore nous surprendre.


La salle du tribunal

Au niveau du bâtiment lui-même, on peut découvrir les cellules des prisonniers et leur système de sanitaires (si si), la salle du tribunal, les appartements de l'Inquisiteur (deux d'entre eux ont tout de même fini pape) et une riquiquite salle de torture. Le plus intéressant reste quand même les panneaux explicatifs qui reproduisent des lettres de dénonciation, les différentes punitions infligées aux coupables (du régime pain sec et eau pendant quelques jours aux années de galères) et les cas célèbres, comme celui qui impliqua le Caravage. L'Inquisition version soft, quoi. Pour la version gore, il faudra changer de pays.

Après ce petit tour de Vittoriosa, et parce que nous avons pas mal de temps devant nous avant une certaine visite programmée à 14h, nous revenons sur nos pas (ou plutôt sur nos traces de pneus) pour nous arrêter à Senglea, deuxième des Trois Cités. La ville ayant été pratiquement rasée pendant la Seconde Guerre mondiale, il n'y a pas grand-chose à y voir, mais le jardin de Safe Haven, tout au bout du bout de la pointe nord, offre une très belle vue sur La Valette, le fort St Elme et le fort St Ange. Les yachts et voiliers de luxe amarrés dans le port forment un drôle de contraste avec les vieilles pierres !



Direction ensuite le fort Rinella, tout près de Vittoriosa. Oubliez les histoires de chevalerie, ce fort-ci a été construit par les Britanniques en 1878 pour protéger Malte de la flotte italienne. Il abrite le plus gros canon à chargement par la bouche de l'Histoire, un monstre de 100 tonnes capable de tirer à une distance de 8 miles. Notre guide touristique nous conseille d'y aller à partir de 14h, et il y a de bonnes raisons pour ça.

Partiellement détruit pendant la guerre, le fort est maintenant aux mains d'une association de passionnés qui rêvent de tout reconstruire et, accessoirement, de rétablir le système hydraulique de leur énorme canon tel qu'il était au 19è siècle. Pour réaliser ce projet un peu dingue, il faut des sous ; pour avoir des sous, il faut attirer le visiteur ; et pour attirer le visiteur, rien de tel que des volontaires en costume historique pour vous expliquer comment marchait le fort sous la férule des Britanniques.



Dès notre arrivée, nous avons droit à une présentation des différentes armes blanches utilisées sur les champs de bataille (nous n'utiliserons plus jamais le mot "épée" de façon abusive, promis !), ainsi qu'à une démonstration de combat au sabre. Pour se faire sa propre idée, on a le droit de toucher et de faire joujou avec les armes tant qu'on n'embroche pas quelqu'un, et les volontaires ultra motivés sont là pour répondre à toutes les questions. Après la pause déjeuner de tout le monde, y compris des acteurs, c'est parti pour le début de la visite "officielle". Pendant deux heures, nous avons droit à des démonstrations de drill militaire, à des exercices de cavalerie (les chevaux sont des poneys de polo à la retraite, et l'un d'entre eux à tourné dans Gladiator !) et à des tirs au fusil et au canon (pas le très très gros, celui-ci ne sert qu'une fois l'an).



La meilleure solution pour faire entrer de l'argent dans les caisses est de proposer aux visiteurs de participer à tous ces jeux de guerre moyennant un petit supplément... et nous n'avons pas su résister. Fusil Martini-Henry authentiquement victorien pour moi, canon naval de 24 livres pour Benjamin. Pour les amoureux des chevaux, il y a même la possibilité de les parrainer. C'est un véritable parc d'attractions pour grands enfants et l'enthousiasme des volontaires (qui sont à la fois soldats d'infanterie, servants d'artillerie, cavaliers, grooms, caissiers, cuisiniers et guides touristiques) est carrément contagieux. On leur souhaite vraiment de réussir dans leur projet !

Dernières photos du séjour !

Et les vidéos qui vont avec : Benjamin et son canon d'un côté, Tiphaine et son fusil de l'autre.

Notre voyage en terre de chevaliers touche à sa fin. Pour le coup, nous avons été beaucoup plus dépaysés que prévu : Malte est un vrai carrefour des civilisations et les différentes influences se font encore bien sentir aujourd'hui. En plus, c'est un pays où les chats sont rois. Ouverture, melting-pot et amour des félins : que demander de plus ?

lundi 1 juin 2015

Malte, jour 10 - La Valette

Pour la première fois (me semble-t-il) depuis le début de nos pérégrinations de par le monde, nous n'avons pas commencé notre séjour par la capitale. La Valette, nouvelle capitale de Malte après la destruction de l'ancienne lors du Grand Siège de 1565, c'est donc pour aujourd'hui, sous un soleil qui tape dur. J'espère que vous aimez les chevaliers, parce qu'on ne va parler pratiquement que de ça !

Après avoir garé notre voiture hors les murs (on ne peut entrer dans La Valette en voiture que si on y réside), nous commençons par LE site touristique de Malte, celui où tout le monde s'arrête et où les groupes se marchent dessus : la co-cathédrale St Jean (le Baptiste, celui qui a fini avec une tête en moins et donne son nom aux Chevaliers de Malte de l'Ordre de St Jean de Jérusalem). Alors. Comment dire... A l'instant où on pose l'orteil sur le seuil de la cathédrale, on comprend pourquoi les touristes s'y déversent par cars entiers. En fait, les mot nous manquent pour décrire le lieu. Nous sommes même tellement sidérés que nous restons les bras ballants à l'entrée pendant cinq minutes avant de nous rappeler qu'il faudrait faire quelques photos.



Cette cathédrale est l'église la plus spectaculaire que nous ayons jamais vue. Nous ne sommes pas encore allés à Rome, donc le podium peut changer dans les années à venir, mais pour l'instant, St Jean est sur la première marche, et de très loin. Prenez le bling des églises baroques que nous avons visitées à Malte jusqu'à présent, multipliez par le pouvoir et la richesse des Hospitaliers, et vous obtenez ce résultat. Pas un centimètre carré qui ne soit dans un matériau précieux ou recouvert d'or. La voûte est intégralement peinte. Le pavement se compose de 374 pierres tombales. Les chapelles réservées aux différentes langues de l'Ordre (Allemagne, Italie, France, Auvergne, Provence, Aragon, etc.) rivalisent de peintures de leurs saints patrons et de monuments funéraires à la gloire des différents Grands Maîtres. C'est tout simplement inouï de luxe et de richesse. Ahurissant.



Et comme si cela ne suffisait pas, il y a le musée qui va avec. Les photos étaient interdites, et ça peut se comprendre : moi non plus je ne voudrais pas qu'on prenne de photos chez moi si j'exposais des originaux du Caravage... A côté de ça, les tapisseries flamandes d'après des cartons de Rubens et les vêtements sacerdotaux brodés de fil d'argent légués par les Grands Maîtres font presque figure de détail !


La Décollation de St Jean-Baptiste, par le Caravage
Parce que ça en vrai et en grand, c'est beau...

Après la catégorie "ordre religieux", nous passons à "ordre militaire". Le palais des Grands Maîtres des Hospitaliers abrite une armurerie bien fournie qui permet de faire le tour de tout ce dont les chevaliers se sont équipés depuis le 16è siècle pour faire très mal aux infidèles d'en face. La collection d'arbalètes, d'épées, d'armures et de canons est très impressionnante. Et contrairement à l'armurerie que nous avions visitée à Vienne, où les rares explications étaient en allemand, l'audio-guide est en français et nous permet de comprendre à quel type d'arme nous avons affaire. Les éléments les plus drôles restent ces casques qu'on dirait sortis d'un film de SF des années 50, et les armures toutes bosselées d'avoir été testées contre des balles de mousquets.



Dans le même palais, qui fut autrefois le QG des Hospitaliers et dont un bout abrite aujourd'hui les bureaux présidentiels, on trouve les salles d'apparat de l'Ordre. On découvre ainsi la chambre du Conseil, très sombre et interdite aux photos pour protéger les tapisseries qui l'ornent, la salle du Trône (carrément) avec ses fresques relatant le Grand Siège, et le salon des Ambassadeurs, dont le décorateur était obsédé par le rouge. Mais ce qui impressionne surtout, ce sont les couloirs. C'est sans commune mesure avec la co-cathédrale, bien sûr, mais ici aussi, tout est peint (y compris ce qui aurait pu être sculpté) du sol au plafond. Avec les armures le long des murs, on est carrément dans l'ambiance.



Après un déjeuner rapide à base de panini maltais, nous courons littéralement à la Casa Rocca Piccola pour assister à la visité guidée de 13h. La maison appartient à une trèèèèès vieille famille de l'île, les marquis de Piro, qui y vivent d'ailleurs encore aujourd'hui (il arrive même que monsieur le marquis fasse le guide). Comme chaque membre de la famille à travers les années s'est mis en tête de collectionner des choses différentes, c'est un peu une maison-musée qu'on découvre : il y a des tableaux modernes, des pièces de jeu d'échecs, des cannes, des miniatures en argent... Il y a aussi et surtout des meubles ramenés d'Italie (la famille de Piro est de là-bas à l'origine), des horloges à une seule aiguille, des chandeliers de Murano, des abris anti-aériens construits pendant la dernière guerre pour abriter la famille et les voisins... et Kiku, un joli perroquet bleu et jaune, qui ne parle pas beaucoup mais qui fait le beau pour les photos. Monsieur le 9è marquis de Piro (Nicholas de son prénom) a beau avoir un sacré titre, la plus jolie maison de La Valette et le 06 d'Elizabeth II, c'est un homme tellement normal qu'il vous demande à la fin de la visite si vous avez apprécié ce que vous avez vu, vous explique que sa maison "relique" doit être préservée et vous demande si vous voulez tenir son perroquet. Merci, mais non merci, je ne veux pas d'un bec pareil à proximité de mes doigts !


La salle à manger d'été

Après cet intermède quasiment sans chevalier (le marquis en est un, même s'il y a beaucoup moins d'armure aujourd'hui), retour dans le vif du sujet avec le fort St Elme. Lors du Grand Siège, il fut défendu pendant un mois par 1 500 Hospitaliers face à 40 000 Ottomans avant de tomber. Lesdits Ottomans ayant ensuite subi un méchant revers, perdu les trois quarts de leur armée et finalement tourné casaque, l'honneur est sauf. Nous ne sommes que le 1er juin, et à cette heure de la journée, le fort est écrasé de soleil ; on ose à peine imaginer ce qu'ont dû subir des gars en armure en plein mois d'août...

Nous faisons ensuite un détour par les Lower et Upper Barraca Gardens, de rares oasis d'ombre et de fraîcheur dans une La Valette qui cuit sous le soleil. Avec leurs fausses ruines de faux temple romain, leurs fontaines et leurs arcades qui donnent sur les Trois Cités, de l'autre côté du port, ce sont de petits jardins du 18è très reposants, aménagés au-dessus des fortifications. Tout ce vert détonne un peu au milieu d'une ville toute en calcaire, mais c'est vraiment très joli.


Lower Barraca Gardens

Pour terminer notre journée thématique, nous passons devant l'auberge de Castille, de Leon et du Portugal. Les auberges, pour les Hospitaliers, sont en fait des "casernes-couvents", et ce concept est tellement génial qu'on se demande pourquoi on est allé chercher un autre nom. Les chevaliers s'y réunissaient selon leur langue, car à l'époque, c'était plus important que la nationalité (rappelons qu'on parlait espagnol aux Pays-Bas). Cette auberge de Castille, qui ne se visite pas car elle abrite aujourd'hui les bureaux du Premier ministre, devait rendre les autres langues de l'Ordre très jalouses...



Fin de l'exploration pour aujourd'hui. Pas peu fiers de notre marathon, nous faisons une pause pour déguster un sorbet (enfin, six dans le cas de Benjamin ; quelle idée de proposer un nombre illimité de parfums dans une même coupe de glace !), puis nous rentrons à notre hôtel à Sliema. L'Imperial Hotel, c'est l'incarnation de l'Empire britannique des années 30, ambiance Hercule Poirot en vacances. Ce soir, nous avons eu beaucoup moins de mal à y accéder ; hier, nous avons passé 20 bonnes minutes à tourner dans Sliema avant de seulement nous en approcher, car deux rues sur trois sont en sens interdit, ce qui complique un peu la circulation...

dimanche 31 mai 2015

Malte, jours 6 à 9 - Plongée

Tadaaaaam ! Après quatre jours de vidéos, de tests et, bien évidemment, de plongées, nous voici officiellement certifiés PADI Open Water Divers ! Concrètement, ça veut dire que nous pouvons plonger jusqu'à 18 m sous la supervision d'un « divemaster ». La prochaine étape sera la formation à la plongée avec air enrichi, puis le niveau du dessus, PADI Advanced Open Water Divers.

Nous sommes passés par un club de plongée francophone, ce qui est bien pratique pour comprendre les instructions et les intitulés des tests (et encore, certaines formulations sont aussi obscures que celles du permis de conduire...). Tout le monde y est absolument adorable, l'ambiance est excellente, les blagues fusent en continu et on vous tape la bise à la fin du premier jour. Les gens du club sont tellement arrangeants que nous avons obtenu des masques à notre vue, commandés directement auprès de leur fournisseur habituel, en un après-midi. La première plongée s'est faite un peu à l'aveugle, mais pour les quatre suivantes, miracle, nous avons pu VOIR. Nous pourrons désormais plonger fièrement avec nos masques personnels et faire un Notting Hill au besoin.


Yay nous !

La formation à proprement parler se compose de plusieurs tests théoriques, d'une plongée de « découverte », d'une plongée pas drôle à base de 12 000 exercices (entre autres, simuler une panne d'air, retirer et remettre sa ceinture de plombs, simuler une remontée d'urgence, et, le pire du pire, retirer son masque complètement, le remettre et le vider) et de trois plongées en milieu naturel. Pour nous, ces trois dernières plongées ont eu lieu aujourd'hui-même. A la suite. De 9h à 15h. Nous sommes cuits dans tous les sens du terme : se trimbaler le barda trois fois de suite, ça fatigue et ça use les épaules, et les intervalles en surface en plein soleil, ça chauffe la peau. Mais une fois mes problèmes de masque réglés (un masque qui se remplit d'eau et qu'on doit vider à 15 m toutes les 30 secondes, ça devient vite lassant), et même si la faune sous-marine maltaise n'est pas aussi riche qu'aux Maldives, nous en avons énormément profité et nous sommes ravis.

Voici, en vrac, quelques petites choses que nous avons apprises au cours de notre formation :
  • nager sur 200 m avec une combi en néoprène, c'est nul ;
  • on oublie ce que c'est que de potasser des cours quand on a passé son dernier examen il y a des années ;
  • l'humain respire fort mal dans l'eau salée et il vaut donc mieux éviter de donner son détendeur de secours à l'envers à son binôme pendant les exercices de panne d'air ;
  • la plongée est une très bonne méthode de régime (aucune sensation de faim de toute la soirée après un après-midi en combi et scaphandre) ;
  • mentionner les Maldives fait verdir d'envie même les plongeurs très expérimentés ;
  • la ceinture de plombs sur les hanches, ça fait des bleus ;
  • la plongée est le sport le moins sexy du monde, mais au moins, dans le costume d'homme-grenouille, tout le monde est logé à la même enseigne.

Un grand merci à notre instructeur, Gwenaël (points bonus pour le prénom, même s'il est de Perpignan), ainsi qu'à Margaux, Oz, Elie, Juliette et toute la bande pour cette belle expérience.

mercredi 27 mai 2015

Malte, jour 5 - Gozo

Nous voilà partis ce matin pour Gozo, le deuxième plus gros caillou de l'archipel maltais (32 km², toooout ça), au nord de l'île principale. Qui dit petit caillou dit accès en ferry, et qui dit accès en ferry dit mal de mer... Heureusement que la traversée ne dure que 25 minutes, car la mer est de mauvaise humeur ce matin !

Nous arrivons à Mgarr, débarcadère des ferrys (si le nom vous rappelle quelque chose, c'est normal, il y a beaucoup de doublons avec les villes de Malte), vers 11h, et nous nous rendons à la « capitale », Victoria. Le centre d'attraction de la ville est la citadelle, et vu l'épaisseur des murailles, on comprend l'attrait de la chose. Malheureusement, lesdites murailles subissent de très, très gros travaux, ce qui gâche un peu la visite... Nous commençons par l'église de l'Assomption de la Vierge, toujours dans le style baroque-pique-les-yeux, célèbre pour abriter la statue de la Vierge que l'on fait parader dans les rues de Victoria pour les fêtes du 15 août. Jean-Paul II y est venu en visite il y a 25 ans, et on le rappelle à tout bout de champ à coup de statues et de plaques commémoratives. Pour le reste, ça ne diffère pas trop des églises que nous avons déjà pu voir depuis notre arrivée, même si le chœur est mon préféré à ce jour.


La fameuse statue

Le musée de la cathédrale, à deux pas, tient davantage du petit cabinet de curiosités victorien que du véritable musée, avec sa quasi-absence d'explications, ses vitrines installées au petit bonheur et sa collection bric-à-brac. On y trouve des médailles, des vêtements liturgiques, de vieux tableaux sombres et assez d'objets religieux en argent pour couvrir le PIB d'un pays d'Afrique. C'est délicieusement vieillot et on aimerait que plus de musées optent pour la présentation fourre-tout !

Après avoir mis un bon quart d'heure à trouver l'entrée des remparts en raison des travaux, nous pouvons enfin profiter du panorama gozitain. Le vent est suffisant pour faire décoller les chapeaux et rendre la petite laine obligatoire, mais vent ne veut pas dire fraîcheur, et le décor autour de nous le montre bien : Gozo est peut-être encore plus aride que Malte. C'est d'ailleurs très joli, catégorie « paysage post-apocalypse climatique ». En se promenant le long des fortifications, on se dit que ces pauvres chevaliers devaient adorer ces jours de grand vent qui leur évitait de cuire dans leur armure...



Arrêt déjeuner, puis nous prenons la direction de Xaghra et des temples néolithiques de Ggantija. Même topo qu'à Hagar Qim, à la date près (environ 3 500 ans avant notre ère), mais le centre d'interprétation est ici un peu plus fourni, et les ruines sont suffisamment différentes pour que la visite soit très intéressante. A Hagar Qim, les deux temples étaient distants d'environ 500 m ; ici, ils sont mitoyens. Le nom du site vient des pierres qui composent le temple : elles sont si énormes que les Gozitains étaient persuadés que la construction était due à des géants. Selon cette explication, Carnac serait en fait une partie de dominos laissée en plan par lesdits géants. Je valide.



Une fois le néolithique derrière nous, nous traversons la route pour nous rendre au moulin Ta'Kola (du nom de l'avant-dernier propriétaire), qui a malheureusement perdu ses ailes il y a cinq ans suite à une tempête. Là aussi le site est donc en rénovation ; nous allons finir par croire que les pays que nous visitons sont tous en travaux lors de notre passage et jamais avant ou après ! Le monsieur qui tient la billetterie n'étant pas très occupé, nous avons droit à une mini-visite guidée du rez-de-chaussée, au cours de laquelle on apprend que le tout dernier meunier du village était un génie de la récup' et fabriquait lui-même la plupart des outils dont il avait besoin pour son travail. D'où cette meule composée de vieux montants de porte et d'une... mâchoire de mouton. Je suis la première à prôner le recyclage, mais à ce point-là, c'est extrême ! A l'étage, on découvre les pièces de vie du meunier (confort minimaliste), et au dernier niveau, le mécanisme de fonctionnement du moulin. Le bruit du vent est tel qu'on ne s'étonne plus que les ailes se soient envolées !



Dernière étape sur Gozo, mais pas des moindres : la baie de Dwejra, littéralement à l'autre bout de l'île par rapport à Xagha. Il y avait « un peu » de vent dans les terres, mais au bord de la mer, c'est carrément le niveau au-dessus ! Benjamin, qui porte un débardeur, est même obligé de passer le coupe-vent pour ne pas geler sur place. Mais qui dit vent en bord de mer dit paysage magnifique, et ce, quel que soit le pays où on se trouve : les vagues viennent se briser sur les rochers, les embruns nous rendent aveugles et on se dit que le lieu se prêterait bien à la baignade si la situation était plus calme. On circule sur des rochers aussi trouillotés que les rayons d'une ruche et on découvre les salt pans, des flaques d'eau de mer qui ont séché au soleil pour ne laisser qu'une croûte de sel.



La véritable attraction touristique de la baie de Dwejra, c'est la fenêtre d'azur, une grande arche naturelle dans la falaise. Ça doit être impressionnant en temps normal, mais avec la mer démontée, ça en devient sublime. Certains regardent l'herbe pousser, mais ici, on peut regarder les grosses vagues creuser patiemment des trous dans la paroi ; on reviendra dans 5 000 ans pour voir s'il reste quelque chose de cette drôle de formation rocheuse. En attendant, le lieu est tellement joli que les tournages s'y enchaînent : Games Of Thrones y est forcément passé*, mais aujourd'hui, c'est un film néerlandais pour enfants qui s'y tourne. Une équipe de 25 personnes pour un acteur en costume qui brille...



De retour au ferry, nous devons malheureusement en laisser passer un avant de pouvoir embarquer. Patienter 45 minutes n'est finalement pas très long quand le wi-fi fonctionne (et qu'on a pensé à prendre l'ordinateur avant de partir, précisément en prévision de ce genre de chose) !


A partir de demain et jusqu'à dimanche, notre planning n'est pas très bien défini. Nous devons passer notre diplôme de plongée PADI et nous ne savons pas du tout à quel point nous serons occupés dans la journée. La mise à jour du blog se fera en fonction de ce que nous aurons à raconter. Ne vous étonnez donc pas si vous n'avez pas de nouvelles d'ici dimanche !

* Après vérification, parce que nous n'en avions aucun souvenir, c'est le mariage de Daenerys et Khal Drogo dans la saison 1 qui a été tourné ici. Du lourd, quoi.

mardi 26 mai 2015

Malte, jour 4 - Encore le centre, et un peu le nord

Nos visites d'aujourd'hui sont un peu plus éparpillées que celles d'hier (en même temps, ce n'est pas difficile...), mais la proximité des différentes villes où nous nous rendons fait que notre temps de route reste très limité. Nous commençons par la ville de Naxxar (vous vous rappelez comment se prononce le X en maltais ?), qui s'enorgueillit de posséder l'un des rares palais privés ouverts au public de toute l'île. Avant de le découvrir, nous faisons un arrêt à l'église de la Nativité de la Vierge, juste en face. On commence à connaître la chanson : comme toutes les églises que nous avons vues jusqu'à présent, la déco décolle la rétine et les peintures sont sublimes. Il faut croire que le cahier des charges est très précis pour les lieux de culte maltais...



Une fois revenus dans un monde plus sobre, nous traversons la rue pour nous rendre au Palazzo Parisio. Construit à l'origine pour le Grand Maître des Hospitaliers Manoel de Vilhena, il a été agrandi, embelli et em-blingblig-isé par une grande famille sicilienne, connue pour avoir ouvert la première banque privée de l'île. Autant dire qu'il y a des sous et que ça se voit : les dorures du salon de musique donneraient des vapeurs aux décorateurs des églises maltaises et la balustrade du grand escalier est taillée dans une seule pièce de marbre, qu'il a fallu racheter trois fois avant de pouvoir l'installer (la première fois, le bateau a coulé ; la deuxième fois, le marbre a cassé ; la troisième fois, il a fallu demander l'aide de l'armée pour la déplacer ; c'est dur d'être riche). Nous visitons le palais et les jardins, très jolis et reposants, au milieu des décorateurs qui préparent le site pour un mariage. Il semblerait que le palais soit très prisé pour ça, et on peut le comprendre...



Direction ensuite la ville de Mosta (qui nous donne un peu de fil à retordre en matière de stationnement) et sa célèbre Rotunda, alias la plus grande église de Malte et le quatrième plus grand dôme non soutenu du monde. La façade est sobrement inspirée du Panthéon de Rome, et à l'intérieur, sans toutefois parler de sobriété, on peut dire que la décoration est moins dense qu'ailleurs. Comme le fait remarquer Benjamin, l'absence de piliers fait qu'il est difficile de mettre des tentures partout ! Au-delà de la plaisanterie, il faut avouer que le dôme est très impressionnant et qu'on se pose quelques questions sur les lois de la physique : ça tient, vous êtes sûrs ? Et quand des bombes traversent le plafond, comment ça fait pour tenir le choc ?! Oui, parce qu'en 1942, une bombe allemande est tombée à travers la coupole alors que 300 personnes étaient réfugiées là en attendant que l'attaque passe. Lorsque la bombe n'a pas daigné exploser, on a crié au miracle, forcément. D'ailleurs, l'histoire fait tellement recette qu'une réplique de la bombe est exposée dans la sacristie !



Encore un saut de puce, et nous voici dans le petit village d'Attard, qui ne serait même pas sur la carte s'il ne s'agissait de la résidence officielle du président de la République (de LA présidente, en l'occurrence, depuis l'an dernier). Et d'ailleurs, c'est chez elle que nous allons déjeuner. Si si, je vous jure : une partie des jardins de la résidence présidentielle a été transformée en potager/jardin d'herbes aromatiques/aire de jeux pour les enfants, et une cafétéria propose des plats préparés à base des légumes cultivés sur place. Bon, le saumon de ma salade et le bœuf du hamburger de Benjamin ne viennent sans doute pas du jardin, mais pour l'accompagnement, c'est du 100 % local !

En face du potager, en traversant la rue, se trouve le palais San Anton à proprement parler, avec ses très jolis jardins. C'était à l'origine la demeure d'un autre Grand Maître, qui le légua à l'Ordre. Les jardins sont une oasis de douceur colorée au milieu d'un pays très, très aride. Il y a des fleurs de toutes les couleurs, des fontaines, des cygnes et des bébés canards tellement mignons que tous les touristes les mitraillent, un labyrinthe, des volières et un paon qui se balade. Ça sent bon son Empire britannique en Méditerranée et nous sommes particulièrement contents d'avoir fait le détour pour découvrir cette bulle de calme.



Dernière étape du jour : la petite ville (voire le village) de Mgarr et son « église de l'œuf », qui doit son nom non seulement à sa forme, mais aussi au fait qu'elle a été financée par les producteurs d'œufs du coin. Manque de chance, l'église n'ouvre qu'à 15h, ce qui nous laisse une petite heure à tuer. C'est l'occasion idéale de découvrir la baie de Gnejna, avec ses gros rochers presque plats qui font office de plage. On regrette environ deux minutes d'avoir laissé les maillots à l'hôtel (nous pensions rester dans les terres, aujourd'hui), mais au final, l'eau est presque aussi froide qu'à St Peter's Pool et une trempette de pieds suffira largement. Un petit chemin dans un paysage très rocailleux et très aride nous mène à une jolie crique presque vierge de baigneurs. Les falaises qui l'entourent sont tellement curieuses qu'on se demande s'il ne s'agit pas d'anciennes carrières...



Retour à Mgarr après cet intermède pour visiter cette fameuse église de l'œuf, à l'architecture si particulière (sa coupole comporte un drôle de mamelon). A l'intérieur, c'est la sidération totale : on est passé sans crier gare du baroque qui fait mal aux yeux à la quasi-austérité ! Les murs sont blancs, il y a peu de peintures, et en dehors des encensoirs, il n'y a presque pas de métal précieux qui scintille. Pour couronner le tout, un groupe de personnes récite un Ave Maria en boucle sur un ton aussi varié que des moines bouddhistes pendant les sutras. Nous qui voulions un peu plus de sobriété, nous sommes servis... un peu trop, même ! Jamais contents !



Pour chasser toute la chaleur accumulée au cours de la journée, nous allons nous plonger dans la piscine de l'hôtel et siroter le rosé qui nous reste de notre dîner d'hier. Puisqu'il paraît que c'est mon anniversaire (même si je n'ai aucune idée de comment nous sommes déjà arrivés fin mai), nous allons dîner dans un restaurant sympathique à La Valette. Au menu, du « lapin bourguignon » pour Benjamin et un risotto crevettes et champignons pour moi. On a connu pire cadre pour fêter ses 30-1 ans !

lundi 25 mai 2015

Malte, jour 3 - Le centre historique

Ce matin, nous quittons notre B&B après avoir enfin pris quelques photos pour attaquer les choses sérieuses : les villes jumelles de Mdina et Rabat. Point culture : pour les Grecs et les Romains, ces deux villes n'en formaient qu'une, appelée Melita, « la ville du miel ». Quand les Arabes se sont installés à Malte, ils ont coupé la ville en deux et se sont concentrés sur la partie fortifiée. Mdina est donc devenue la partie protégée par les remparts (al-Medina, en arabe, veut dire tout simplement « la ville »), tandis que Rabat désigne... le reste. S'ensuivent des changements de propriétaire permanents, puis finalement, après le grand siège de 1565, les chevaliers de Saint-Jean lâchent tout et vont construire une nouvelle capitale, à laquelle il vont donner le nom du héros du siège, La Valette. Aujourd'hui, le touriste doit garer sa voiture à Rabat avant d'aller jouer au chevalier à Mdina.


La porte de Mdina

Oui, parce que les déplacements en voiture à Mdina sont limités à certaines rues suffisamment larges. Pour le reste, on ne peut compter que sur ses pieds ou sur des calèches : les ruelles sont extrêmement étroites et aucune ne court en ligne droite, ce qui permet de se protéger du soleil en été, du vent en hiver, et des flèches ennemies toute l'année. L'architecture mélange influences arabes, napolitaines et normandes, ce qui peut paraître incompatible mais se marie en fait très bien.



Nous nous arrêtons en premier lieu au musée de la cathédrale St Paul (dont vous n'aurez pas de photos pour une bête cause d'interdiction), situé dans l'ancien séminaire. On y découvre une belle série de gravures sur bois d'Albrecht Dürer, beaucoup d'objets en argent, parmi lesquels une série de statues des apôtres que ces imbéciles de Français avaient pensé fondre pour payer les soldats de Napoléon, et une grande collection de pièces de monnaie, qui rappelle que Malte a été à tout le monde, des Byzantins aux Anglais en passant par les Phéniciens et les Français, avant de revenir aux Maltais il y a tout juste 50 ans.

Juste en face se trouve donc la cathédrale St Paul, celui-ci ayant censément évangélisé Malte depuis une grotte (on en reparle plus loin). C'est l'édifice religieux le plus important de l'île, le symbole qu'on retrouve sur la moitié des cartes postales. L'intérieur est aussi chargé que ce que nous avons pu voir hier, avec quantité de dorures et de tentures rouges. Pendant la visite, on frôle le torticolis à tout moment car les dalles en marbre dédiées aux différents « monseigneurs » valent autant la peine que le plafond peint.



Après une exploration assez exhaustive des petites ruelles, qui nous permet entre autres de découvrir l'église attenante au prieuré des Carmélites, nous nous arrêtons pour déjeuner dans un café avec vue sur une bonne partie de l'île, puis nous sortons de Mdina par la porte des Grecs pour aller explorer Rabat. A un jet de pierre des fortifications se trouve la Domus Romana, que même les non latinistes auront traduit par « maison romaine ». Cachée sous un cimetière arabe (melting-pot jusqu'au bout), elle constitue l'édifice romain le plus important jamais découvert à Malte. Quand on a visité Pompéi et Herculanum, ça paraît un peu léger, mais la visite vaut surtout pour la superbe mosaïque, quasiment intacte, représentant deux colombes. On se demande vraiment comment celle-ci a si bien survécu alors que tout le reste de la domus est dans un vilain état...



Nous nous rendons ensuite aux catacombes de St Paul, une nécropole chrétienne et païenne d'environ 2 000 m². Heureusement, on ne visite pas tout, mais les quelques galeries accessibles donnent un bon exemple des rites funéraires de pas-si-longtemps-que-ça après Jésus-Christ. Le plus souvent, on mettait une famille entière dans une même sépulture (toujours avec un repose-tête, s(il vous plaît, des fois qu'on attraperait un torticolis dans l'au-delà) et on refermait le tout. C'est étroit, bas de plafond et un peu oppressant après vingt minutes passées dedans, mais après tout, ce n'est pas exactement pensé pour les vivants.


Pierre tombale gravée avec des outils de médecin

Dernière étape du jour, le Wignacourt College Museum, qui réunit plusieurs sites en un. On commence par la fameuse grotte de St Paul, où l'apôtre se serait installé après le naufrage du bateau qui le conduisait à Rome. Pas très confortable et bas de plafond, là aussi, mais il y avait sans doute moins de B&B à l'époque... Au niveau du dessous, on découvre les abris construits pendant la Seconde Guerre mondiale pour que les habitants viennent se protéger des bombes. En avril 1942, près de 300 alertes ont été recensées. Les Maltais avaient fini par apporter des matelas pour espérer dormir un peu pendant les bombardements (véridiques). Le reste du bâtiment est occupé par le musée à proprement parler, qui rassemble une collection un peu hétéroclite, allant des portraits des héros de l'ordre des Hospitaliers aux chaussons de l'ancien inquisiteur de Malte devenu pape, en passant par la limousine du dernier archevêque de l'île. C'est un vaste bazar, mais finalement, c'est peut-être mieux qu'une collection très organisée quand on est très fatigué par une grosse journée de marche.


Le Wignacourt College Museum

Pour la fin de l'après-midi, direction notre hôtel pour le reste de la semaine. Rien de tel qu'un petit séjour dans la piscine couverte (et chauffée) pour se détendre un peu avant d'aller écrire le journal de bord !

Par ici les photos !

dimanche 24 mai 2015

Malte, jour 2 - L'est... et un peu le sud aussi

Après une vraie bonne nuit comme nous n'en avons pas passé depuis longtemps (et ce malgré l'absence de volets, ce qui, sur une île pleine de soleil, vous réveille fort fort tôt) et un petit-déjeuner généreux à base de confitures maison, nous nous rendons ce matin à Marsaxlokk (ça passe mieux quand on sait que le X maltais se prononce "ch") pour son célèbre marché aux poissons. Le problème, c'est que tout Malte semble avoir eu la même idée ! Se garer tient donc un peu du parcours du combattant, et il faut jouer des coudes dans la foule si on veut espérer accéder aux étals.




Moyennement appétissant à 10h du matin...

Le marché occupe tous les quais de Marsaxlokk, ce qui signifie une bonne heure d'exploration sous un vilain cagnard. Heureusement que le vent venu de la mer est là pour rafraîchir tout ça ! Pour la minute étymologie, "Marsaxlokk" signifie "baie du sirocco", ce qui est à la fois tout poétique et donne une idée du type de vent qui y souffle. C'est aussi un port maltais typique, avec ses barques colorées peintes d'un œil pour chasser le mauvais sort. Carte postale garantie ! En remontant vers notre voiture par la rue plutôt que par le marché bondé, nous tombons sur notre première église maltaise. A l'extérieur, des ampoules encadrent la façade et les statues. De nuit, l'effet doit être... original. Quant à l'intérieur... On en reparle un peu plus loin !





Direction à présent la crique de St Peter's Pool, toute proche de Marsaxlokk. Le Routard nous ayant fait un peu peur avec ses histoires de "chemin cahoteux", nous jugeons plus prudent de laisser la voiture sur un parking sur la "route principale" (ahem) et de descendre à pied. Grand bien nous en a pris, car il est absolument impossible de se croiser et car le chemin aurait de toute façon signé la mort des amortisseurs. Nous découvrons une crique magnifique, paradisiaque, aux eaux très bleues et totalement transparentes. Ni une ni deux, avec la chaleur qui règne, nous sortons aussitôt les maillots de bain pour aller faire trempette (nous avions prévu avant même d'arriver à Malte de laisser nos affaires de plage dans nos sacs à dos jusqu'à la fin des vacances, précisément pour éviter de passer à côté d'occasions pareilles).




Publicité mensongère ! Une eau si bleue, chauffée par un si beau soleil, n'a pas le droit d'être aussi froide ! Et quand je dis "froide", je veux dire "plage bretonne en février" ! Benjamin s'y jette bravement en claquant un peu des dents, mais de mon côté, il me faut cinq bonnes minutes avant de trouver le courage d'y entrer. Une fois dedans, quand les poumons ont repris un rythme de fonctionnement normal après la violence du choc thermique, il faut nager non-stop pour se réchauffer un peu. Comme d'habitude, on finit par trouver l'eau plutôt bonne au bout d'un moment, mais nous n'y restons tout de même qu'une vingtaine de minutes. Nous remontons ensuite nous sécher au soleil et réfléchir à notre planning de l'après-midi. Plus que la faim, c'est l'afflux de touristes qui finit par nous chasser. Il faut croire que nous sommes arrivés au bon moment, quand la crique était encore à peu près calme.

Nous faisons escale dans la ville de Marsaskala pour le déjeuner. Nous avions espéré y voir les ruines du fort St Thomas, mais celles-ci ne doivent pas être très importantes car nous sommes passés à côté. Nous avons en revanche pu découvrir une église dont le clocher ressemble davantage à un minaret... et ce n'est pas la dernière église bizarre que nous verrons aujourd'hui !

Retour dans le sud de l'île pour découvrir Ghar Lapsi, un tout petit port de pêche (c'est la journée) dont les hangars à bateaux ont été creusés à même la falaise. Les falaises en question sont plutôt impressionnantes et les éboulis de rochers semblent dater d'hier. Même eau désespérément bleue qu'à St Peter's Pool, et si nous n'avions pas déjà cédé à la tentation, nous aurions sans doute piqué une tête ici. A la place, nous nous contentons d'une glace et d'une petite marche le long de la falaise.




Notre planning du jour étant presque terminé, nous rentrons à notre B&B (dont j'ai encore oublié de prendre des photos) pour nous reposer un peu. Après un épisode de série et une bonne douche pour se débarrasser du sel, nous reprenons la route* pour deux églises qui n'ouvrent qu'en tout début de journée ou en fin de soirée. La première, l'église St Nicolas de Siggiewi, présente un portique tout en colonnes corinthiennes. La deuxième, celle de St Philippe à Zebbug, est plus tendue de drap pourpre que tous les appartements royaux de Versailles réunis. Dans les deux, nous sommes surpris par les sublimes peintures des différentes coupoles. Comme le fait remarquer Benjamin, il est vraiment dommage de mettre de tels chefs-d'oeuvre au plafond, car on en profite forcément moins que s'ils se trouvaient au mur.



Le portique de l'église St Nicolas

Mais ce qui nous sidère surtout (comme dans l'église de Marsaxlokk), c'est la déco très orthodoxe. Nous sommes pourtant bien dans des églises catholiques, mais si nous ne le savions pas, nous ne l'aurions pas deviné. L'excès de dorures, de tentures, d'encensoirs et de cierges rappellent avant tout les lieux de culte orthodoxes (du moins d'après l'idée que nous en avons, nous sommes peut-être totalement à côté de la plaque). Ajoutez à cela le chandelier à 7 branches gravé sur la façade de l'église St Nicolas, et vous comprendrez mieux pourquoi je parlais hier de schizophrénie nationale !**



L'intérieur de l'église St Philippe


Plus de photos par ici

* Route sur laquelle nous nous faisons arrêter par la police maltaise à la sortie d'un tunnel. Rien de grave, simplement une histoire de feux de croisement qui ne fonctionnent pas. Voyant que nous sommes de bonne foi et que la voiture est une location, ils nous laissent filer avec un simple "soyez prudents". Mais tout de même, ça fait bizarre !

** Et ne me lancez même pas sur la langue maltaise. Un pays qui dit "grazzi" pour "merci", "bonswa" pour "bonsoir" et "sliem ghalikom" pour "bonjour tout le monde" ne peut qu'être dingue. La linguiste en vacances rêve d'un livre consacré au maltais...