mercredi 23 avril 2014

Japon, jour 14 - Kyoto

Comme nous avons toujours une journée d'avance sur le programme, nous voici à Tokyo 24 heures plus tôt que prévu. Etant donné que la ville abrite quelque chose comme 20 % des Trésors nationaux du Japon et une vingtaine de sites classés au Patrimoine mondial de l'humanité, on ne devrait pas s'ennuyer d'ici dimanche !

Pour nous faciliter un peu la tâche et être aussi exhaustifs que possible, nous avons regroupé les visites par quartier. Aujourd'hui, nous sommes dans le nord-ouest de la ville, qui regroupe pas mal de sites exceptionnels. Nous commençons par le temple Koryu-ji, dont le hall principal est l'un des plus vieux bâtiments de Kyoto. A 11 heures du matin, il n'y a pratiquement personne et nous pouvons profiter du lieu en toute tranquillité. L'endroit est minuscule, et en dehors d'une célèbre statue du Bouddha de la Terre pure, il n'y a pas grand-chose à voir. Nous trouvons malgré tout le moyen de nous fouler un neurone en essayant d'associer les noms japonais des divinités fournis dans notre guide aux noms sanskrits souvent utilisés dans les musées. Déjà que nous avions du mal avec les 33 incarnations de chaque divinité, alors si en plus chaque incarnation porte deux noms...



A quelques kilomètres de là se trouve l'une des cartes postales les plus célèbres de Kyoto : Kinkaku-ji, le Pavillon d'or, bâti par un ancien shogun reconverti en moine. Comme d'habitude, ce n'est plus tout à fait l'original, puisque le temple a été brûlé en 1950 par un moine pas tout seul dans sa tête (et dire qu'il avait échappé à toutes les guerres depuis le 15è siècle...). Mais cette version brille à peu près autant que la première et se reflète très joliment dans l'eau de l'étang au bord duquel il est construit. Le flot des touristes est impressionnant et il faut jouer des coudes pour prendre des photos, mais la vue vaut bien quelques efforts. Une fois le pavillon perdu de vue, on se contente de suivre un petit chemin balisé dans un charmant jardin. Un peu comme un parc d'attractions, en fait : on fait la queue longtemps et le manège est fini en quelques minutes !



Le Kinkaku-ji derrière nous, nous faisons à pied le petit kilomètre et demi qui nous sépare du complexe monastique Daitoku-in. On y entend à peu près autant de bruit que dans la nécropole de Koya-san, même si les touristes s'y font plus nombreux. Il s'agit en fait d'un ensemble de 22 temples, dont seulement quatre sont ouverts au public en temps normal. Mais nous avons un peu de chance : en ce moment et pour une durée très limitée, deux de plus sont accessibles. Nous avons donc 6 temples à découvrir - en d'autres termes, nous avons 6 séances de retirage/remettage de chaussures devant nous. Au bout d'un moment, on ne se donne même plus la peine de refaire nos lacets...



Évoquer chaque temple individuellement reviendrait à faire du copier-coller. Place au résumé, donc. Les six temples de Daitoku-in sont des temples zen, ce qui se caractérise surtout par les fameux jardins secs à base de petits cailloux et de traces de râteau (comment font les jardiniers pour ne pas laisser de traces de pas au milieu du gravier, d'ailleurs ?!). Dans l'un des temples, nous découvrons d'ailleurs le plus petit jardin sec du Japon, qui ne peut contenir que deux rochers. Encore une  fois, chacun de ces jardins est une métaphore philosophique profonde sur le sens de la vie, le temps qui passe et la recherche du bonheur. Heureusement qu'il y a des brochures pour nous expliquer, parce qu'on serait bien en peine d'analyser ça tout seuls ! Malheureusement, notre combo temple/jardin préféré n'autorisait pas les photos pour cause de revente sur Internet par des touristes indélicats. Dommage...



Pour poursuivre la thématique jardins/cailloux philosophiques, nous nous rendons ensuite à Ryoan-ji, un parc qui éclipse un peu le temple autour duquel il est construit et le jardin zen de celui-ci. Et hop, septième déchaussage de la journée ! Un record ! Nous ne nous attardons pas vraiment dans le temple lui-même (au bout de 7, les jardins zen commencent un peu à se ressembler) et préférons profiter du reste du parc, avec ses petits ponts de pierre, ses arbres en plumeau, ses îlots et ses tortues. Benjamin regrette un peu que le chemin soit tracé et qu'on ne puisse pas explorer les chemins de traverse (le réflexe du gamer qui part toujours du côté opposé à la flèche), mais l'ensemble reste vraiment mignon et permet de se détendre après une journée bien remplie sous le soleil.



La météo annonce un temps radieux à Kyoto jusqu'à la fin de la semaine. Espérons que nous puissions visiter toute la ville sous le même ciel qu'aujourd'hui !

On laisse Benjamin aux photos une journée et voilà le résultat !

mardi 22 avril 2014

Japon, jour 13 - Nara

Nous l'avons fait ! Tirés du lit à 6h30 par un message dans les hauts-parleurs de l'auberge, nous assistons avec les pèlerins et les visiteurs étrangers à la cérémonie matinale, à genoux sur des tatamis dans une salle qui sent l'encens d'un coin à l'autre. Les moines récitent des mantras de cette voix monocorde un peu inquiétante pendant qu'un de leurs collègues fait venir les pèlerins japonais un à un devant l'autel pour leur demander de prier. Même à moitié endormis, c'est une sacrée expérience. A la fin de la cérémonie, nous faisons un petit tour de la salle pour admirer les objets religieux, puis nous allons prendre le petit-déjeuner. Hasard ou pas, tous les Occidentaux se retrouvent dans la même salle, face à un repas composé encore une fois de riz, de thé et de bidules difficilement identifiables. Ça manque cruellement de sucre, et heureusement que le riz est à volonté, sinon il y aurait de quoi mourir d'inanition. Mais il fallait tenter l'expérience et nous en sommes ravis !

Après un arrêt-éclair à la porte de Koya-san, que nous avions manquée hier, nous voici partis pour Nara (les dieux doivent encore être furax, parce que nous sommes coincés derrière des camions rapides comme des escargots chevauchant des tortues pendant tout le trajet), où nous arrivons sur le coup de 11 heures. Le gros des visites du jour se situe dans le parc de Nara, célèbre pour ses daims dits "gloutons". Avec le temps, les bestioles ont un peu oublié qu'elles étaient herbivores et se font aujourd'hui nourrir à coups de gâteaux spéciaux par des touristes qui en redemandent. A peine arrivés, nous cédons à l'attrape-touristes et constatons que les daims deviennent vraiment fous furieux en présence de nourriture !




Mais il faut savoir redevenir adultes, et le temple Kofuki-ji est là pour nous y aider. Vous commencez à connaître la chanson : le temple d'origine a été construit au 7è siècle de notre ère, mais les différents bâtiments ont brûlé entre 5 et 7 fois et la dernière reconstruction remonte au milieu du 15è siècle. Autant dire que Kofuki-ji s'en tire plutôt bien, comparé à certains de ses petits copains ! Il y a là une belle pagode et surtout un grand hall où est exposé une belle et grande statue en bronze du Bouddha médecin. Cela dit, les termes "belle" et "grande" sont à relativiser par rapport à l'autre Bouddha que nous verrons un peu plus tard...




Un peu plus loin, après un déjeuner avalé en vitesse (qu'est-ce qu'il fait faim quand on a petit-déjeuné dans un temple à 7h !), nous attaquons le morceau de bravoure de Nara, le temple Todai-ji. La porte est superbe. Ses gardiens sont très beaux. Les petits temples renfermant des statues en laque séchée et des armées de gardiens célestes sont très intéressants. Mais ce n'est rien, absolument RIEN comparé au Daibutsu-den, le pavillon central qui héberge le Grand Bouddha (majuscules obligatoires).




Non content d'être le plus grand bâtiment en bois du monde (et encore, sa taille a été réduite d'un tiers après le dernier incendie), le Daibutsu-den abrite le plus colossal Bouddha en bronze de la planète. 15 mètres de haut, quand même. A l'entrée, on est littéralement écrasé par les dimensions de ce monstre, qui ne tient sur les photos qu'avec un recul absurde. Et quand on se dit que la chose date du 8è siècle (ou presque, elle a été largement rénovée depuis), on se sent encore plus petit. C'est beau, c'est fascinant, c'est sidérant de grandeur.




Pour nous remettre de toutes ces émotions, rien de tel qu'une nouvelle séance de nourrissage des daims et un sanctuaire perdu au milieu des arbres, le Kasuga-taisha. L'endroit est surtout réputé pour ses lanternes en pierre et en bronze, qu'on allume deux fois par an à l'occasion d'un festival. Sachant qu'il y en a 3 000, il doit falloir commencer la veille pour que tout soit prêt le jour J... De notre côté, nous sommes plus impressionnés par la glycine que l'on retrouve aussi bien dans le paysage qu'au front des servantes du culte. Joli mais pas facile à porter !




Sur cette note colorée, nous quittons le parc de Nara pour un site situé à mi-chemin de notre hôtel : le temple Horyu-ji, qui regroupe les plus anciens bâtiments en bois du monde (décidément, c'est la journée des superlatifs...). Dans ce qui est sans doute un record inégalé au Japon, le site n'aurait brûlé qu'une fois et aurait été reconstruit au 8è siècle. Du coup, on se sent à peu près aussi insignifiant que face au Grand Bouddha, mais pas pour les mêmes raisons... Et pour poursuivre dans la série "le machin le plus [insérer adjectif de votre choix ici] du [monde/pays]", la pagode est la plus ancienne du Japon. Rien que ça.




L'heure étant bien avancée, nous sommes obligés de faire la visite assez rapidement, mais cela ne nous empêche pas de passer un peu de temps dans la salle du Trésor, qui regroupe des dizaines de statues d'âge aussi vénérable que les bâtiments. Devant de telles merveilles, on ne peut pas s'empêcher de philosopher sur le fait que, à l'époque où le Japon était un modèle de raffinement et de culture, l'Europe se roulait dans la boue et les rois de ce qui n'était pas encore la France portaient des noms affreux du style Dagobert ou Childéric. Pas glorieux.

A partir de demain, nous attaquons le plus gros morceau du séjour : l'ancienne capitale, Kyoto.
Par ici les photos ! Et pour ceux qui veulent se moquer, on a même une petite vidéo en prime... ;)

lundi 21 avril 2014

Japon, jour 12 - Koya-san

La punition divine continue ce matin... Heureusement que nous avons un peu de route pour mettre de la distance entre nous et tous ces nuages ! L'inconvénient d'avoir bouclé en une journée le programme de deux, c'est que nous devons refaire en sens inverse une partie du trajet déjà faite hier. Le trajet de Kumano jusqu'à Koya-san nous prend donc 4 bonnes heures au lieu des 2h30 initialement prévues, mais il faut bien avancer !

Nous arrivons à Koya-san sur le coup de 14 heures, et malgré cela, la journée réussira à être particulièrement remplie. Koya-san, c'est la plus grande cité monastique du Japon, le repaire d'un millier de moines disséminés dans une centaine de monastères. Si on devait se risquer à des comparaisons hasardeuses, on pourrait qualifier le lieu de Saint-Jacques-de-Compostelle du Japon. On commence très fort avec le complexe sacré Danjo Garan, un site auquel le guide Michelin attribue de façon incompréhensible une seule étoile (contre trois pour les temples Ikea d'Ise-shima). Nous, on lui en donnerait bien cinq.



Les bâtiments Danjo Garan fait partie de ces innombrables édifices japonais en bois détruits par le feu entre 5 et 7 fois depuis leur apparition. Ils ont été reconstruits à chaque fois, pratiquement à l'identique. Au 19è siècle, certaines personnes avec deux sous de jugeote on finit par se dire que le bois, c'était bien gentil, mais que le béton armé plaqué bois avait beaucoup moins de chances de finir en cendres. Ajoutez une couche de peinture vermillon par-dessus, et on n'y voit que du feu. La grande "stupa" (la pagode) est de toute beauté et tranche sérieusement au milieu des autres bâtiments plus sobres.



Ladite pagode renferme une grande statue dorée du Bouddha cosmique, entourée de quatre statues un chouia plus petites mais tout aussi dorées, qui font se décrocher la mâchoire du pauvre visiteur que personne n'a prévenu. Quand on prend le temps de s'asseoir devant une statue pour la contempler, c'est que ça en vaut vraiment la peine. Mais il faudra que vous nous croyiez sur parole, parce que les photos sont interdites et que nous sommes trop bien élevés pour passer outre...

Après Danjo Garan, place à Kongobu-ji, le quartier général de la secte bouddhique Shingon. Moins grandiose que le précédent (tout le monde ne peut pas avoir 5 Bouddhas dorés chez soi), l'ensemble a le mérite d'être visitable et intéressant. Et je ne dis pas ça parce qu'on nous offre du thé et des gâteaux en plein milieu du temple... La visite explique comment le très saint Kobo Daishi a ramené le bouddhisme Shingo de Chine en l'an 815 et décidé de fonder un monastère à Koya-san. On découvre également un très beau jardin de cailloux, le plus grand du Japon, censé représenté deux dragons dans une mer de nuages (vu du ciel, sans doute ; nous, pauvres mortels, on n'y voit qu'une jolie disposition de rochers), ainsi que des portes coulissantes toutes peintes par des maîtres (là encore, photos interdites). C'est absolument ravissant et on a envie de jeter le Michelin au feu pour n'avoir donné à l'ensemble qu'une seule étoile.



Après une tentative ratée de visite du mausolée Tokugawa, fermé 10 minutes avant l'heure (si même les Japonais se mettent aux horaires de la Poste, maintenant...), nous prenons la direction de la nécropole de Koya-san, Okuno-in. Ce cimetière géant abritant 200 000 tombes, nous n'aurons évidemment pas le temps de tout voir, mais le petit échantillon que nous découvrons est suffisamment sidérant. Le très, très ancien côtoie l'ultra-moderne sous les frondaisons des cyprès, et la brume s'invite au bon moment pour donner à l'ensemble un aspect fantomatique. Nous sommes à peu près aussi touchés et impressionnés que dans le carré juif du cimetière de Vienne, qui était resté une référence pour nous en matière d'émotion et de tranquillité.



On y croise un nombre impressionnant de statues, certaines en parfait état, d'autres tombées, ou couvertes de mousse, ou décapitées, ou tout simplement farfelues (que fiche ce poisson ici ?!). Il y a des tombes modestes et émouvantes, il y a des grands de ce monde enterrés dans de véritables mausolées, et il y a des horreurs qui n'auraient pas dû être autorisées, telle cette fusée, érigée par une entreprise aéronautique. Et encore, nous n'avons pas trouvé la tasse qui symbolise une compagnie de café, ou le monument construit par un fabricant d'insecticides pour demander pardon aux fourmis (véridique. Vous avez le droit de rire). Mais le bâtiment le plus imposant de la nécropole est Toro-do, le hall aux mille lanternes, où brillent en continu des milliers de lanternes offertes par les fidèles, pour certaines depuis plusieurs siècles. Dans la lumière déclinante, c'est un véritable enchantement (pas de photos, blah blah, vous commencez à connaître).



Juste derrière, on trouve la crypte qui abrite Kobo Daisha, entré en méditation éternelle il y a 1 200 ans. Les croyants sont absolument convaincus que le saint est toujours vivant et qu'il médite pour toute l'éternité. Et pour lui demander d'intercéder en faveur des mortels, on offre au bonhomme deux repas par jour, des vêtements et un éventail en été. Apparemment, la méditation n'empêche pas d'avoir des besoins très basiques...

Ce soir, pour coller au plus près à l'ambiance locale, nous logeons dans un temple-auberge, tenu par des moines, donc. Nous nous attendions à quelque chose d'intimiste et sommes surpris de découvrir un très grand établissement qui tient beaucoup plus de l'hôtel que de l'auberge. En revanche, le côté "temple" est bien là : les tenanciers sont des bonzes, les bains sont partagés (on y prend goût, en fait !) et le dîner végétarien se compose de... trucs. En dehors du riz, de l'orange et des tempuras, nous n'avons pas la moindre idée de ce que nous avons mangé, mais nous l'avons mangé ! Et demain, cérémonie religieuse et petit-déjeuner toujours végétarien à 6h30. Eeeeuh... d'accord. Comme on dit, à Rome, il faut faire comme les Romains !

Possible overdose de statues !

dimanche 20 avril 2014

Japon, jour 11 - Kumano Kodo

Les dieux ont manifestement très mal pris nos commentaires d'hier concernant les "temples Ikea", et ils nous le font savoir aujourd'hui en nous envoyant un temps épouvantable, alors que l'intégralité de notre programme doit se faire en extérieur...

C'est donc sous une pluie battante que nous commençons l'exploration des Kumano Sanzan, les trois sanctuaires sacrés de la région de Kumano. Il paraît qu'au Moyen Age, on considérait le coin comme le paradis bouddhique de la Terre pure. Il faut dire que la région, avec ses montagnes couvertes de forêts et ses larges rivières qui coulent au fond des gorges, est particulièrement jolie. Nous commençons par la cascade Nachi no Taki, haute de 130 mètres, qui ressemble à un voile un peu vaporeux. Ravissante en soi, mais face à ses collègues islandaises, elle ne tient pas la distance ! Cela dit, ça vaut peut-être mieux pour les ascètes qui viennent s'y purifier : au moins, ils ne finiront pas écrasés par la puissance de l'eau !



De là, nous rejoignons le premier sanctuaire, Kumano Nachi Taisha, dédié à la déesse de ladite cascade, qui, en plus du temple, possède une jolie pagode à trois étages. Pour la minute culture religieuse, la pagode est bouddhique, et le temple, shinto. On le sait parce que le guide nous l'a dit, mais personnellement, nous sommes incapables de faire la différence... Mais peu importe la religion, l'essentiel est que le site soit particulièrement beau et vaille qu'on passe du temps à l'explorer malgré la pluie et les chaussures qui font déjà floc floc à chaque pas (c'est mon lot dans la vie : toujours tomber sur les chaussures non étanches).



Contrairement au pagodes que nous avons pu voir jusqu'ici, celle-ci n'a pas un tour de taille d'anorexique et peut donc se visiter. Il n'y a pas grand-chose à voir dans la pagode à proprement parler, à l'exception des plafonds et des murs décorés de représentations de divinités et d'une version japonaise du Kama-Sutra, mais au dernier étage, la vue sur la cascade vaut la grimpette.



Déjà trempés comme des soupes, nous reprenons la route pour la deuxième étape du pèlerinage, Kumano Hayatama Taisha. Pour un sanctuaire censément si important (il est considéré comme le lieu d'apparition du shintoïsme), le lieu est particulièrement modeste. D'accord, les tons rouges et orange flashent un peu, mais il n'y a rien pour le distinguer des autres temples de la région, voire du pays. Un empereur a droit à plus d'égards que les dieux fondateurs de la religion ! (Non, on ne s'est pas encore tout à fait remis du Tosho-gu à Nikko.)



J'ai ouvert ce billet en parlant des trois sanctuaires sacrés de Kumano. En toute logique, après le 1 et le 2, nos pas (enfin, nos roues) nous mènent au n° 3, Kumano Hongu Taisha. Là encore, à l'exception des très beaux toits en X et de l'emblème de la corneille à trois pattes présent un peu partout, rien de distingue Hongu des sanctuaires que nous avons vus jusqu'à présent. Il y a bien une clairière à proximité, appelée Oyunohara, délimitée par un torii en acier de 35 mètres de haut, mais pour le reste, on continue à faire dans l'humilité et la sobriété.



Malgré la pluie qui refuse de se calmer, le vent et les 3 cm d'eau dans lesquels baignent mes pauvres chaussures, nous décidons de nous enfoncer encore plus loin dans Kumano Kodo. La véritable expédition du jour se fait avec notre dernière étape, le sanctuaire de Tamaki. Pour y accéder, le GPS nous annonce 30 km... et une heure de route. On comprend pourquoi lorsqu'on attaque la toute petite route de montagne en mode "plus sinueuse que ça, tu meurs", que l'on est obligé d'aborder à 30 à l'heure et en première. A chaque virage (soit tous les trois mètres), on prie toutes les divinités du shintoïsme de ne rencontrer personne en face, de peur de finir dans le ravin. Les divinités en question doivent estimer qu'elles nous ont suffisamment punis avec ce temps atroce, car entre l'aller et le retour, nous croiserons en tout et pour tout une seule voiture... Alléluia, ou quelle que soit l'expression consacrée dans la région !

Tamaki est un sanctuaire qui se mérite et qui vaut largement le détour. En cette fin de journée, au milieu des bancs de brume et dans une tranquillité absolue (les rares visiteurs encore présents sont sur le départ), le temple et son arbre déifié de 3 000 ans ont un petit coté fantomatique et surréaliste. On se demande vraiment comment un endroit pareil a pu être bâti il y a des siècles, alors qu'il est encore si difficile d'accès aujourd'hui.



Trempés pour le compte, nous regagnons notre hôtel (le même qu'hier) en rêvant au onsen privé que nous avons réservé pour ce soir. L'eau, c'est bien, mais à condition d'avoir choisi de se retrouver dedans ! Une petite heure dans une eau à plus de 40° nous permet de bien nous délasser après cette journée très, très humide mais aussi très satisfaisante. En fait, le guide touristique ayant légèrement exagéré le temps nécessaire aux visites, nous avons fait en une journée ce qui était prévu en deux. Nous voilà donc avec une journée d'avance sur notre programme, ce qui nous permettra de passer un peu plus de temps à Kyoto la semaine prochaine, voire d'organiser un détour par Osaka.

Que d'eau, que d'eau... Notez la thématique du jour : les dragons cracheurs d'eau, que nous avons retrouvés dans quatre sanctuaires sur quatre. Franchement, cracher de l'eau, c'est pas un peu la honte pour l'espèce ?!

samedi 19 avril 2014

Japon, jour 10 - La péninsule d'Ise-shima

Nous commençons notre découverte de la péninsule d'Ise-shima par un gros morceau : Ise-jingu, le sanctuaire le plus sacré du shintoïsme japonais. Vu la réputation de l'endroit, nous nous attendons à un site du même acabit que Nikko, avec de l'or, de la laque et des sculptures à ne plus savoir qu'en faire. Mais il y a pourtant une différence de taille avec Nikko : les Japonais sont tellement fans des jeux de construction que, tous les 20 ans, le sanctuaire dit "extérieur", Geku, et le sanctuaire "intérieur", Naiku, sont totalement rasés et reconstruits. Oui oui, vous avez bien lu : au bout de vingt ans, on casse tout et on recommence, sanctuaires, ponts et trésors inclus. La dernière reconstruction datant de 2013, tout respire le neuf, voire le toc. En fait, on a l'impression d'être face à des temples Ikea. Bon, on n'a pas osé le dire trop fort, parce que vu la sacralité de l'endroit, on aurait risqué le lynchage...



Nous sommes samedi et le temps est à nouveau radieux. Autant dire que les pèlerins sont extrêmement nombreux et que nous détonons violemment au milieu de la foule. Dans le shintoïsme, ce ne sont pas tant les bâtiments qui comptent que le site sur lequel ils sont construits. Du coup, tout est prétexte à s'arrêter pour prier : un arbre, une pierre... Du moment que c'est délimité par un shimenawa (les cordes qu'on voit sur toutes les photos), c'est sacré, donc il y a un dieu pour écouter. Pour les touristes occidentaux plus habitués aux églises, c'est un peu surprenant.



Pour compléter cette parenthèse sacrée, nous nous rendons ensuite à Futami, célèbre pour ses "rochers mariés" Meoto-iwa. Il s'agit en d'un gros rocher et d'un plus petit, reliés par un shimenawa de 30 mètres. Si le guide ne précisait pas qu'il s'agit d'une représentation des deux dieux créateurs de l'archipel nippon, on pourrait croire qu'il s'agit des dieux des grenouilles : on trouve en effet des sculptures de batracien absolument partout, de la plus réaliste à la plus boudeuse, en passant par des grenouilles en prière et des grenouilles musiciennes. On n'a pas trouvé d'explication, mais on suppose qu'il s'agit de l'emblème de la péninsule.



Parenthèse sacrée refermée, nous partons pour Toba, découvrir un petit coin assez improbable : l'île des perles Mikimoto. Figurez-vous que c'est ici qu'un certain Mikimoto Kukichi produisit des perles de culture pour la première fois de l'histoire. L'affaire a tellement bien fonctionné que l'île, où on produit toujours des perles, est devenue un musée à la gloire du brave Kukichi (non, sans rire, le bonhomme avait vraiment l'air cool) et de la perliculture. On y vend aussi, forcément, de beaux bijoux, mais c'est fou ce que ça reste cher, la perle de culture... On se contentera de ramener des images assez surréalistes de ces pêcheuses à moitié sirènes qui plongent toute l'année en apnée pour ramener les huîtres à la surface. Il paraît que le métier se perd, allez donc comprendre pourquoi...

Ce qu'on ne fait pas avec des perles...

Après les huîtres et leurs parasites qui coûtent un bras, nous quittons la région de Honshu pour le Kansai, la plus grosse partie de notre voyage. Ce soir, nous avons fait une folie : nous logeons dans un hôtel quasi-de-luxe situé sur une petite île. On nous avait promis des chambres typiquement japonaises avec futons et des onsen (des sources chaudes) pour se détendre, mais très honnêtement, cela va bien au-delà de nos espérances !

Nous sommes accueillis comme des rois à l'arrivée du ferry et on nous annonce que le dîner nous sera servi dans notre chambre. Une dame en kimono qui passe son temps à ramper sur les genoux et à s'incliner commence par nous apporter du thé, puis des sashimis, du bœuf et des nouilles aux fruits de mer. Tout ça nous semblait déjà bien copieux, mais voilà que Mme Kimono revient pour un deuxième service, cette fois des tempura. Puis pour un troisième, avec du riz, du gruau japonais, de la soupe miso et encore un peu de poisson. Le quatrième service, c'est le dessert. Ne nous demandez surtout pas comment, mais nous avons presque réussi à tout finir !



Le dîner débarrassé, Mme Kimono s'éclipse (toujours sur les genoux) et M. Futons vient installer notre couchage pour la nuit. Ce qu'il y a de bien avec la résidence à la japonaise, c'est que les pièces sont multi-tâches et que le salon sert aussi de chambre à coucher... Pour bien poursuivre dans la tradition, nous nous mettons en yukata et rejoignons les bains communs (mais pas mixtes, hein, n'exagérons rien !), où il faut se laver tout nus avant de se plonger dans des sources d'eau brûlante. Au début, c'est un peu surréaliste, mais on s'y fait très vite. De toute façon, tout le monde est logé à la même enseigne...

Une très belle façon de se détendre avant d'attaquer notre exploration du Kansai demain !

Les photos qui vont bien !

vendredi 18 avril 2014

Japon, jour 9 - Kanazawa

Une toute petite journée au programme, mais ça reste les vacances et il faut bien se reposer de temps en temps !

Bien évidemment, c'est le jour où nous avons décidé de visiter un jardin que la météo vire au gris. Mais tant que la pluie ne s'en mêle pas, nous n'allons pas nous plaindre. Nous nous rendons donc au jardin Kenroku-en, considéré comme l'un des trois plus beaux du Japon. Minute étymologie : "Kenroku-en" signifie "jardin des six perfections", à savoir la taille, le calme, l'ingéniosité, la beauté antique, l'usage de l'eau et les panoramas. Bon, pour le calme, il faudra repasser (il y a presque autant de touristes qu'hier à Shirakawa-go, et tous veulent prendre des photos aux mêmes endroits, avec eux dessus), mais pour le reste, on est assez d'accord.


Gankô-bashi, le "pont des oies sauvages qui volent". C'est beau, le japonais.


Malgré la grisaille, le jardin est extrêmement joli, avec ses lanternes, sa fontaine (la plus vieille du Japon), ses cascades, ses cerisiers, ses étangs et ses ruisseaux. Quand on s'éloigne un peu des sentiers battus, on retrouve même un peu du calme supposé de l'endroit. Le vent secoue les cerisiers et nous sommes littéralement arrosés de sakura. Pour un peu, sur certaines photos, on croirait qu'il neige !



Comme si un parc de 11 hectares ne suffisait pas à se dégourdir les jambes, nous laissons la voiture au parking et marchons un peu pour nous rendre à notre prochaine étape : la maison de samouraï Nomura-ke. Lors de la chute du système féodal au Japon, au milieu du 19è siècle, la plupart des vieux symboles du shogunat (dont les résidences des samouraïs) ont été détruits. Toute ressemblance avec une certaine Révolution à l'autre bout du monde un siècle avant n'est pas vraiment fortuite... Nomura-ke est la dernière maison à avoir été rachetée dans le quartier. Pour une résidence ayant appartenu pendant 12 générations à des personnes de haut rang, elle est étonnamment petite, mais l'adorable jardin japonais miniature compense largement.



Après cette visite rapide, nous repartons en direction de Kenroku-en, pour cette fois découvrir le parc de l'ancien château de Kanazawa. Encore un bâtiment qui a fini en cendres et que les Japonais s'efforcent de reconstruire à l'ancienne, en mode Lego, sans utiliser ces inventions occidentales barbares que sont les clous et les vis... En dehors d'une tour et de quelques portes, il n'y a malheureusement pas grand-chose à voir.



Il est à peine midi mais nous décidons de partir pour notre prochaine étape, Ise, et de profiter de la fin de l'après-midi pour nous reposer à l'hôtel. Après une semaine de crapahutage, nous avons bien mérité une pause !


Pour compléter ce message un peu court, quelques "true facts" compilés pendant cette première semaine et qui n'ont pas trouvé leur place dans le blog quotidien :
- Le Japonais conduit des voitures cubiques. Du coup, on a l'impression que tout le monde roule en Kangoo.
- Tous les parkings sont payants. TOUS les parkings. Il n'y a que devant les supermarchés qu'on peut espérer se garer gratuitement. Sinon, que vous alliez visiter un jardin ou un village alpin encore à moitié enfoui sous la neige, il faut mettre la main à la poche.
- On trouve des distributeurs automatiques de boissons dans les coins les plus reculés des montagnes les plus inaccessibles. Au cas où les moines voudraient un Coca.
- Les singes traversent la voie expresse en prenant leur temps. Véridique, on en a vu un, et ça fait bizarre...
- Le Japonais ne respecte pas les limites de vitesse. En même temps, 80 km/h sur la voie expresse, hum hum.
- Les toilettes de la Nasa avec siège chauffant et jet d'eau ne sont pas une exception mais la règle.
- J'aime ce pays où on trouve des toilettes publiques gratuites tous les 100 mètres.
- Où sont passés le savon et les sèches-mains dans lesdites toilettes publiques ?!
- Les seules poubelles disponibles sont des poubelles de recyclage. Les déchets non recyclables, on les emporte avec soi pour les jeter à l'hôtel le soir. Et malgré ça, tout est propre...
- Trouver des desserts ou des gâteaux tient du combat quotidien. Le sucre n'est pas vraiment roi dans ce pays.

jeudi 17 avril 2014

Japon, jour 8 - Shirakawa-go/Gokayama

Une journée placée sous le signe de la tradition... Nous commençons par la dernière visite prévue à Takayama, que nous n'avons pas pu faire hier en raison de l'heure. Il s'agit d'un petit musée qui expose quelques-uns des chars utilisés lors du festival de printemps de Takayama, qui se déroule les 14 et 15 avril, soit... la veille de notre arrivée. Cela explique le nombre de touristes dans les rues. Sachant que le festival rassemble près de 300 000 personnes dans les rues de la ville, nous ne sommes pas fâchés d'avoir loupé l'événement !

Cinq chars, pesant pour certains jusqu'à 2,5 tonnes, sont présentés dans ce grand hall. Une voix en anglais enregistrée sur un antique magnétophone nous explique que ces petites merveilles d'or, de nacre et de plaques de bronze sont baladées à travers toute la ville deux fois par an (12 chars pour le printemps, 11 pour l'automne), sur les épaules de garçons costauds qui doivent impérativement faire la même taille. Certains chars sont agrémentés de marionnettes à la mécanique compliquée et il faut être un peu ingénieur pour comprendre le mécanisme qui permet à ces mastodontes de faire des créneaux. Dommage qu'il faille braver une marée humaine pour assister au festival, car tout ça doit être superbe dans le cadre historique de Takayama.



Nous prenons ensuite la route pour la vallée de Shirakawa-go, classée, comme tous les autres sites que nous visiterons aujourd'hui, au Patrimoine mondial de l'Unesco. Pendant des siècles, les villages de la région ont été complètement coupés du monde par la neige pendant l'hiver, et à voir l'épaisseur de neige qu'on trouve encore sur le bord de la route, on se dit que ça doit encore un peu être le cas. Pour s'occuper, les paysans de l'époque élevaient des vers à soie et fabriquaient de la poudre à canon. Aujourd'hui, la région vit du tourisme. On comprend pourquoi quand on voit le nombre de cars garés sur le parking...

A Shirakawa-go, nous faisons escale dans le petit village d'Ogimachi. La première partie de la visite est très intéressante : il s'agit d'une sorte d'éco-musée composé de chaumières traditionnelles au toit à 60° (des gassho-mazuri dans l'idiome local) que la construction d'un barrage menaçait de détruire. Comme les Japonais adooorent monter et démonter tous leurs bâtiments (cf. les temples de Nikko), elles ont été déplacées ici pour donner aux touristes une petite idée de la vie traditionnelle.




La plupart des maisons se visitent (on devient des pros du retirage de chaussures...), parfois jusque dans les combles. Cette partie "musée" du village n'attire pas beaucoup les visiteurs, qui préfèrent se concentrer sur la partie habitée, et nous avons pratiquement l'endroit pour nous tout seuls. Le temps est magnifique (on se demande d'ailleurs comment il peut faire plus de 20° mi-avril en pleine montagne), on n'entend pas d'autre bruit que celui de l'eau qui coule et les montagnes qui se découpent derrière sont sublimes. Difficile de demander plus.




Les choses se gâtent dans la partie "vivante" du village, qui nous déçoit beaucoup : on trouve certes quelques jolis points de vue, mais les gens sont surtout là pour les boutiques de souvenirs et les petits restaurants. Personne ne semble vraiment s'intéresser à la vie traditionnelle, mais le selfie devant un toit en chaume fait un tabac...

Pour échapper un peu à la foule, nous partons pour la vallée voisine de Gokayama. Qui dit moins de touristes dit aussi moins de boutiques et plus d'authenticité. Nous profitons bien davantage du village de Suganuma et de la rivière qui coule à proximité. Nous qui nous posions des questions sur l'isolation de maisons aux murs en bois et aux portes en papier pendant l'hiver, nous avons notre réponse : des ouvriers sont en train de retirer des faisceaux de chaume autour des maisons. Isolation à l'ancienne, donc. Il reste encore des mètres de neige sur le bord de la route, ce qui est vraiment impressionnant à cette période de l'année. On ne doit pas rigoler beaucoup en hiver, dans le coin !




Léger changement de décor à Ainokura, où la neige ne se limite pas au bord de la route mais à tout le village. Une tradition locale veut que si l'on aperçoit la grosse pierre située devant le temple au 6 avril, la neige aura disparu 20 jours plus tard. A vue de nez, le caillou a dû se montrer un peu plus tard... Nous faisons le tour du village en passant par la forêt, ce qui implique une bonne demi-heure de marche avec les pieds dans la neige une bonne partie du temps. Tout cela en T-shirt et avec le soleil qui continue de briller... Une expérience un brin surréaliste !




Après cette journée "tradition", nous remontons en voiture pour rejoindre notre étape, la ville de Kanazawa. Exploration prévue demain.

Quelques photos supplémentaires.