samedi 19 août 2017

Londres, jour 4 - Kensington Palace et Notting Hill

Suite et fin de notre découverte des grandes résidences royales londoniennes : ce matin, c'est au tour de Kensington Palace, plus connu comme étant le lieu de naissance de Victoria et la résidence officielle de la princesse Diana jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, c'est ici que vivent le Duc et la Duchesse de Cambridge, alias William et Kate. On ne sait pas trop si ce sont ceux-ci ou celles-là qui attirent les foules, mais la file d'attente est déjà longue à notre arrivée, alors que le château n'est ouvert que depuis cinq minutes. Heureusement que nous avons réservé nos billets à l'avance, ce qui nous permet d'accélérer un peu les choses.



Moins connu des Français que Buckingham ou Windsor, le palais de Kensington est pourtant incroyablement riche en événements historiques : Guillaume et Marie d'Orange, la reine Anne et George II y sont morts, Victoria y est née, y a passé les 18 premières années de sa vie et y a tenu son tout premier conseil en tant que reine, les grilles du château ont accueilli des milliers de bouquets de fleurs à la mort de Diana et c'est là que son cercueil a passé sa dernière nuit avant son enterrement. Pour rendre hommage à tout ce beau monde, il y a quatre circuits de visite distincts dans le château. Nous commençons par l'exposition Diana: Her Fashion Story, qui rassemble plusieurs tenues portées par la princesse entre 1981 et 1997. Finalement, il y a une justice en ce bas monde : les années 80 n'ont été positives pour personne en termes de mode, même les princesses royales avec tous les designers du monde à leur service...



Après Diana et les appartements de Guillaume, Marie et Anne, assez dépouillés et sobres pour l'époque (quand on a le Grand Siècle français pour référence, tout paraît dépouillé et sobre, cela dit...), nous passons à l'exposition très intime consacrée à Victoria. Dans les salles où la reine a grandi, complètement étouffée par une mère plus qu'envahissante, on découvre des objets de sa vie courante, des robes (pas bien grande, l'impératrice des Indes !), une maison de poupées ayant appartenu à ses enfants, des extraits de son journal intime et, pour faire bonne mesure, deux portraits supplémentaires par Winterhalter. Un parcours très touchant qui renvoie la souveraine du plus grand empire que le monde ait connu au rang d'être humain.



Le quatrième circuit est dédié aux trois princesses allemandes, Caroline, Augusta et Charlotte, qui épousèrent les princes issus de la dynastie des Hanovre et mirent l'Angleterre sur la voie de la modernité au 18è siècle. Bon, Caroline fut aussi une grande mécène de Haendel et en fit même le professeur de musique de ses enfants, mais on ne va pas se fâcher pour si peu ! (J'ai une relation conflictuelle avec Haendel...)

Dernière étape de la visite de Kensington, les jardins. Il s'agit en fait d'un grand parc ouvert au public toute l'année, et en ce samedi à peu près ensoleillé, les sportifs et les familles sont de sortie, d'autant qu'un grand spectacle pour enfants est organisé tout le week-end. Les touristes que nous sommes profitent surtout du White Garden, un petit carré de verdure paisible à la mémoire de Diana, et des volatiles de la pièce d'eau. Vous avez déjà essayé de résister aux bébés canards, vous ?

White Garden

Puisque nous sommes dans le coin, nous en profitons pour aller explorer un quartier bien connu des cinéphiles, Notting Hill. Nous n'avions à la base pas d'autre objectif que de voir les célèbres façades colorées des maisons (ça change du blanc, du gris et de la brique rouge), et c'est un peu par hasard si nous nous retrouvons au marché de Portobello Road, la plus grande concentration d'antiquaires à la surface du globe. Venir ici un samedi était à la fois la meilleure idée du monde, parce que le marché bat son plein, et la pire, parce que... ben le marché bat son plein. La foule est tellement compacte qu'on a parfois du mal à avancer, et on se demande tous les dix mètres comment les riverains supportent ça au quotidien. Et puis on se laisse emporter par l'atmosphère, les magasins et les étals qui vendent tout et n'importe quoi, des aimants pour frigo aux vieux appareils photo, les stands de nourriture du monde entier, les façades turquoise ou rose des immeubles et, tiens, au hasard, les jeunes hommes bien faits de leur personne qui ont la bonne idée de vendre du thé. Après un bon quart d'heure d'attente à un stand de hot-dogs (les fast food ne sont plus ce qu'ils étaient), nous faisons une pause déjeuner sur les marches d'une maison qui a dû voir passer plus d'un touriste au fil des week-ends.



Histoire de tenir notre promesse d'en faire un peu moins aujourd'hui, nous sautons dans un bus pour rejoindre notre dernière étape du jour, le Leighton Museum, à deux pas de notre hôtel. Une visite absolument pas prévue à la base, rajoutée au programme le jour de notre arrivée, après être tombés sur une affiche en nous baladant dans Holland Park : moi, quand on me dit qu'un musée organise une exposition sur Lawrence Alma-Tadema, j'y vais en courant et j'entraîne mon homme dans mon délire. Décidément, ce sera ma semaine peinture ! Alma-Tadema a beau appartenir officiellement au mouvement académique, il a beaucoup fréquenté les Préraphaélites, et ça se voit dans ses tableaux. L'exposition se compose de chef-d'oeuvre monumentaux comme de tableaux plus intimistes, dont certains n'ont même jamais été présentés au public, et c'est un enchantement. Sans parler du cadre lui-même : le musée Leighton, autrefois résidence du peintre du même nom, est à Londres ce que Jacquemart-André est à Paris, avec ce que cela implique de décoration intérieure somptueuse. Malheureusement, les photos sont interdites et si vous ne connaissez pas Alma-Tadema, vous devrez demander à Google. Allez, une petite reproduction quand même pour la route :

Les Roses d'Héliogabale

Pour une fois, nous terminons la journée relativement tôt et nous pouvons donc rentrer nous reposer un peu à l'hôtel. Ce ne sera pas du luxe, car la journée de demain s'annonce à nouveau chargée...

vendredi 18 août 2017

Londres, jour 3 - Buckingham Palace et la Tate Gallery

Sans même nous le faire exprès, nous avons planifié nos visites de la semaine à peu près chronologiquement : après Hampton Court, résidence royale jusqu'à Victoria, direction Buckingham, qui passa de "House" à "Palace" sous la future impératrice. Qui dit ouverture deux mois par an dit foule compacte aux grilles du palais, et cela se traduit par un programme de visite calibré à la minute près.

A 9h45 pétantes, une fois nos billets récupérés à la Queen's Gallery, nous passons le premier contrôle de sécurité d'une longue série pour accéder à l'exposition temporaire consacrée à Canaletto, peintre vénitien célèbre pour ses panoramas de la cité des Doges. La collection présentée ici (la plus vaste au monde des œuvres de Canaletto, excusez du peu) fut achetée par George III à Joseph Smith, ambassadeur d'Angleterre à Venise, mécène du peintre et collectionneur invétéré. Le bonhomme a laissé derrière lui une bibliothèque monumentale et une collection de peintures et dessins absolument exceptionnelle. En tant que visiteurs lambda, on lui dit merci : Canaletto et ses contemporains avaient un talent certain, et pour qui a mis les pieds à Venise une fois dans sa vie, la visite rappelle forcément des souvenirs. Cela dit, il faut reconnaître que le clou de la visite réside davantage dans les pastels de Rosalba Carriera que dans les vues du Grand Canal de Canaletto...

Rosalba Carriera, "L'Hiver"

Après un passage express à la boutique, d'où nous ramenons les essentiels d'une visite à Londres (une boîte de thé et un corgi en peluche que nous baptisons aussi sec "Bucky"), nous passons à l'étape suivante de notre "Royal Day Out" : les écuries royales, ou Royal Mews dans le texte. Ceux qui ont joué à Assassin's Creed: Syndicate reconnaîtront forcément l'endroit, puisque Jacob Frye y vole un carrosse au nez et à la barbe des gardes ! Plutôt que d'opter pour un des audioguides ultra-complets dont les résidences royales ont le secret, nous profitons cette fois d'une visite guidée. En temps normal, on trouve ici une trentaine de chevaux (10 Windsor Greys, réservés au monarque, et 20 Cleveland Bays, pour qui ne s'appelle pas Elizabeth II), mais période estivale oblige, ils sont presque tous en vacances à Hampton Court, en attendant le retour de la reine dans ses pénates. Louis et Marquetry, les seuls à ne pas avoir été mis au vert, sont là pour nous rappeler qu'il s'agit bien d'écuries en activité, même s'il faut que Benjamin imite le cri de la botte de foin pour que Marquetry daigne montrer sa tête pour les photos.



Pendant environ 45 minutes, la guide évoque le dressage et l'entraînement des chevaux (il faut bien apprendre à ces petites bêtes à ne pas avoir peur de la foule), l'aversion de la reine Victoria pour les voitures (son fils patientera deux bons mois après sa mort pour faire entrer la première Daimler royale dans les écuries), l'historique du carrosse du Jubilé de diamant de 2012 (suspension hydraulique, éclairage LED, climatisation, vitres électriques et caméra embarquée ; ce n'est pas une blague) et l'épouvantable inconfort du carrosse réservé aux couronnements, un monstre de quatre tonnes au look terriblement bling, dans lequel personne n'a envie de s'asseoir. C'est un tel mastodonte qu'il faut abattre une fausse cloison dans les écuries à chacune de ses sorties. Autant dire que les employés des écuries redoutent le prochain couronnement ! Les autres carrosses en exposition, du carrosse écossais à celui des mariages, agressent un peu moins la rétine. Benjamin se demande encore lequel voler pour aller assassiner le Grand Maître des Templiers avec le plus de panache...



Une fois les écuries derrière nous, pas question de traîner : nous avons rendez-vous à 12h15 pour la visite des Salles d'état. Quand on vous dit que tout est minuté... La foule des touristes est particulièrement dense et l'énième contrôle de sécurité de la journée est plus long qu'à l'aéroport. Pour ne rien arranger, nous apprenons, à notre grande déception, que les photos sont interdites à l'intérieur. Pour vous faire une idée de ce à quoi ressemble l'intérieur de Buckingham Palace, deux solutions : demander à Google Images ou jouer à AC: Syndicate ! D'après Benjamin, la reconstitution est incroyablement fidèle, et il se souvient avec émotion de tous les endroits où on peut assassiner de pauvres gardes qui n'ont rien demandé.

Au-delà de la blague, l'interdiction des photos nous reste en travers de la gorge, car les Salles d'état de Buckingham sont franchement spectaculaires. La décoration rouge, blanc et or est d'un goût exquis, impressionnante sans être ostentatoire ; la galerie de peintures, avec son unique Vermeer, ses Van Dyck, ses Titien et ses Rembrandt, ressemble à celle du château de Chantilly en plus intime ; la douzaine de portraits de Winterhalter éparpillée un peu partout dans le palais fait le bonheur de la fan du peintre que je suis ; et l'exposition sur les cadeaux officiels offerts à la reine au fil des décennies donne un côté très personnel à ce qui reste finalement un bâtiment officiel. Et ne parlons même pas de la richesse du guide multimédia : entre les informations sur les salles elles-mêmes, celles qui concernent les cadeaux et les explications détaillées de certains tableaux, il y en a pour deux bonnes heures de visite, passées beaucoup trop vite.


La façade de Buckingham côté jardin, en virtuel et en vrai



Nous en sommes déjà à quatre heures de marche cumulées depuis ce matin, il est donc plus que temps d'aller déjeuner et reposer nos semelles qui surchauffent. Le temps d'avaler un sandwich et de dévaliser le magasin Whittard qui se trouve sur la route (on n'a jamais assez de thé, c'est ma philosophie), puis nous nous rendons devant l'entrée principale de Buckingham pour boucler le Royal Day Out et essayer d'apercevoir un chapeau en poils d'ours ou deux. Nous devons vraiment être des enfants de Vigipirate et de l'état d'urgence, car ce qui nous surprend surtout sur cette esplanade noire de monde, c'est l'absence totale de forces de l'ordre...



Le temps ayant viré à la pluie, nous ne sommes pas fâchés d'avoir prévu un musée pour finir la journée. De façon générale, nous ne sommes pas fans de musées en voyage, et pour en mettre un au programme, il faut qu'il y ait une bonne raison. La bonne raison de la Tate Britain, qui renferme la plus grande collection d'art britannique au monde, des années 1500 à nos jours, c'est la salle "1840" et son impressionnante quantité de merveilles préraphaélites au mètre carré. Ceux qui ont eu le malheur de me servir de beta lecteurs le savent, je nourris une légère obsession pour les Préraphaélites depuis quelques années, et un passage par la Tate lors de ce séjour était une obligation. Millais, Rossetti, Hunt, Burne-Jones, Waterhouse, tous les grands noms et certains des plus grands chefs-d'oeuvre du mouvement sont réunis dans une même pièce. Entre la Lady of Shalott de Waterhouse et l'Ophelia et le Christ in the House of His Parents de Millais, c'est le syndrome de Staendhal assuré. Décidément, avec le Vermeer et les Winterhalter de ce matin, c'est ma journée peinture !

Dante Gabriel Rossetti, parfaite Proserpine

Il y aurait bien d'autres salles à visiter, mais après cette accumulation de merveilles, même les Van Dyck et les Turner font pâle figure (#objectivité). Benjamin ayant en plus perdu l'usage normal de ses pieds quelque part à Buckingham, il est plus que temps de rentrer se reposer... mais seulement après avoir fait une razzia de livres dans la boutique du musée. Demain, c'est promis, on essaie de faire moins dense !

jeudi 17 août 2017

Londres, jour 2 - Hampton Court

Pour notre première journée complète à Londres, direction... hors de Londres. Oui, bon, on n'est pas à un paradoxe près ! Armés de plusieurs plans de métro et de train, de nos fidèles Oyster Cards et d'une bonne dose de patience, nous prenons ce matin le chemin du Surrey, au sud-ouest de la capitale. Au programme du jour : le château de Hampton Court, la résidence préférée d'Henri VIII. Comme de bien entendu, nous avons choisi la période la plus compliquée pour nous y rendre : les horaires des trains sont bouleversés pendant tout le mois d'août en journée et nous devons prendre pas moins de deux métros et deux trains grande ligne avant d'arriver à destination. Niveau informations sur les quais, le National Rail ne vaut pas beaucoup mieux que la RATP ou la SNCF !



On a beau râler pour le principe, une fois arrivés devant les grilles du château, on se dit que les 90 minutes que nous venons de passer dans les transports en commun n'ont pas été perdues. Avec sa brique rouge, ses cheminées tarabiscotées et ses statues héraldiques qui ont l'air d'avoir sérieusement fumé les tentures, Hampton Court en impose. D'abord propriété du cardinal Wolsey, le château est rapidement confisqué par un Henri VIII naturellement caractériel et très énervé par le fait que le cardinal n'ait pas réussi à faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon. Ni une ni deux, Henri change la religion de son pays, divorce de Catherine, se remarie avec Anne Boleyn et récupère au passage un joli château qu'il fait arranger à sa sauce. Par la suite, toutes les dynasties royales anglaises (Tudor, Stuart, Orange et Hanovre) en profitent, jusqu'à Victoria, qui décide de l'ouvrir au public en 1838.



Il y a donc 300 ans d'histoire (et pas des moindres) dans ce château, et ça se ressent sur la durée de la visite. Nous avions prévu une excursion à la journée et nous avons plutôt bien fait : entre les jardins, les différents appartements, le labyrinthe et les expositions de peinture, nous avons passé pas moins de cinq heures à explorer tous les recoins de Hampton Court. Un record, même Versailles ne nous a jamais occupés si longtemps !

Malgré les gros nuages noirs qui nous ont suivis depuis Londres, nous avons eu la chance de découvrir les jardins au sec et en toute tranquillité, les autres visiteurs ayant apparemment préféré commencer par les intérieurs. A l'exception des jardiniers, nous sommes donc à peu près seuls pour découvrir les jardins dits "privés" qui donnent sur la Tamise, créés pour Guillaume d'Orange lors de son accession au trône d'Angleterre. Mais Hampton Court est aussi associé aux chasses d'Henri VIII, et qui dit chasse dit forcément parc avec troupeau de cervidés (et colonie d'oies du Canada, et poules d'eau, et hérons par la même occasion). Les pelouses sont taillées au cordeau, les arbres du parc ressemblent à de gros champignons et la plus grande vigne du monde pousse... sous une serre, alors que ses racines, à l'extérieur, profitent d'une plate-bande dédiée ; tout ceci est délicieusement anglais et on pourrait passer des heures simplement à profiter des jardins.



Mais il serait dommage d'ignorer les intérieurs, qui valent eux aussi leur pesant de cacahuètes. Entre les appartements d'Henri VIII, ceux de Guillaume et Marie et ceux des Hanovre, la salle des gardes et sa décoration sidérante à base de 2 800 armes, la galerie de peintures Cumberland (avec ses deux Rembrandt sous cloche), l'exposition retraçant la jeunesse d'Henri VIII (c'est-à-dire avant qu'il se mette à collectionner les épouses) et les cuisines (dont la petite cuisine réservée à la confection du chocolat, un endroit qui devrait être obligatoire dans toutes les maisons), il y a là encore largement de quoi s'occuper. L'ameublement des appartements n'est pas époustouflant, mais les peintures qui ornent les plafonds et les escaliers compensent très largement ce petit défaut. Pour les touristes français, c'est aussi l'occasion de faire le point sur la liste des pauvres Mme Henri VIII et sur les différentes dynasties qui se sont succédé sur le trône d'Angleterre depuis les Tudors (on avait un peu perdu le fil après Jacques Ier Stuart). La thématique de la semaine étant très royale, il n'était pas inutile de dépoussiérer un peu notre histoire anglaise...

L'escalier du roi

Quand y'en a plus, y'en a encore ! Hampton Court est aussi très connu pour son labyrinthe du 17è siècle, que Benjamin négocie comme un chef. Il faut soi-disant 20 minutes pour atteindre le centre, le GPS humain nous y conduit en moins de 5 en ayant volontairement fait traîner les choses et pris des chemins bizarres... Pour finir en beauté, nous faisons un saut au Magic Garden, une zone de jeux pour enfants, sorte de parc d'attractions Tudor qui nous fait regretter d'avoir dépassé la trentaine : on aurait adoré découvrir cet endroit aux alentours de 8 ans pour profiter des toboggans, des jeux d'eau, du dragon endormi, des cabanes dans les arbres et des faux rochers à escalader. Mais on est censés être adultes, alors on se contente de prendre des photos des figures héraldiques détournées et de se dire qu'on construirait bien la même chose dans notre jardin.



Le retour vers Londres se fait à l'heure de pointe, ce qui se traduit par une cadence de trains normale et beaucoup moins de correspondances pour nous. Après cinq heures de marche presque non-stop, passer une heure dans les transports en commun est un vrai bonheur. Nous arrivons à Kensington sur les rotules, un peu cuits (mine de rien, le soleil était bien présent et nous avions oublié crème solaire et chapeaux à l'hôtel) mais ravis de notre journée. Et le plus drôle, c'est qu'on refait exactement la même chose demain, mais cette fois au cœur de Londres !

mercredi 16 août 2017

Londres, jour 1 - Holland Park et Kensington

Quand on décide de partir en vacances en pleine période scolaire, on ne fait pas semblant : après une semaine entre Touraine et Val-de-Loire en juillet, nous revoici sur les routes en plein mois d'août... mais cette fois, on a traversé la Manche. Le créneau pour visiter Londres est assez limité quand on veut mettre Buckingham Palace au programme : il faut attendre que la reine ne soit pas chez elle, ce qui n'arrive que deux petits mois dans l'année. Et ce n'est pas comme si on pouvait l'obliger à se mettre au vert plus souvent !

Après 2h30 d'Eurostar, nous voici donc à Londres... sous un soleil radieux. (C'est donc là qu'il était passé, celui-là ! On finissait par se poser la question, dans notre petit coin de région parisienne où il fait un temps de novembre depuis début août !) Le temps de rejoindre notre hôtel à l'autre bout de la ville, en empruntant Tube et bus comme de vrais locaux, l'après-midi touche presque à sa fin et il est trop tard pour explorer Camden Market comme nous l'avions prévu. Nous nous rabattons donc sur la découverte du quartier où nous logeons, Kensington (ou, plus précisément, "le bourg royal de Kensington et Chelsea", mais c'est un peu long).



En un mot comme en cent, ce n'est pas exactement le quartier le plus moche de Londres. Renseignements pris chez les agents immobiliers du coin, il faut compter un petit million de livres sterling pour une maison avec une seule chambre. Ahem. On va se contenter de profiter des jolies façades, des belles bagnoles et des espaces verts en accès libre, d'accord ? Et en parlant d'espaces verts, notre hôtel est situé à proximité de Holland Park, qui se prête parfaitement à une petite balade de fin d'après-midi ensoleillé.



Contrairement à des monstres comme Saint James's Park, Hyde Park ou Regent's Park, ce parc-là est à taille humaine et beaucoup de gens sont là simplement pour lire, prendre le soleil ou profiter du tea time avec biscuits et thermos sur la pelouse. Le jardin japonais, avec sa cascade et ses lanternes en pierre, nous rappelle un peu Kyoto, et surtout, SURTOUT, on retrouve les sacro-saints écureuils qui manquent tellement aux parcs parisiens. On a beau savoir que l'écureuil gris est une sale bestiole invasive qui bouffe de l'écureuil roux au petit-déjeuner, on ne peut pas s'empêcher de les trouver ridiculement mignons et de les suivre à la trace pour les prendre en photo (quand ils veulent bien arrêter de grouiller suffisamment longtemps pour ça). Oui, nous avons passé une bonne partie de la balade à chasser photographiquement l'écureuil. Et on assume.

Il est pas doué pour la photo animalière, le Benji ?

Après un petit tour dans le quartier, au milieu des mews qui font rêver et des voitures de luxe arborant vitres teintées et plaques diplomatiques (l'ambassade de Grèce a réussi à s'installer dans le seul bâtiment vieux et laid du quartier, il fallait le vouloir), nous allons tester la qualité du cidre du pub qui jouxte notre hôtel. Verdict : le cidre anglais est toujours plus proche de la bière que du cidre breton, mais par cette chaleur, on ne fait pas la fine bouche.



Pour résumer, les barmen anglais ne vous regardent pas bizarrement quand vous réclamez une pinte de cidre, et il y a plein de petites bêtes trop mignonnes dans les parcs. Jusqu'ici, Angleterre 2, France 0 !

mardi 11 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 7 - Jardins du château de Valmer

Dernière étape de cette première semaine de découverte des châteaux de la Loire : le fameux château de Valmer que nous avons loupé hier. Il est plus que temps de quitter la région et de rentrer dans nos pénates : le ciel a définitivement viré au gris et nous croisons les doigts pour ne pas prendre la saucée du siècle au milieu de la visite.



Car au château de Valmer, on reste dehors tout du long. Le château principal a brûlé en 1948 et il n'en reste que les marches du perron ; le "Petit Valmer", le bâtiment juste derrière (pas si petit que ça, d'ailleurs), est la résidence des propriétaires, qu'on va éviter d'aller déranger. Il y a de toute façon largement de quoi faire avec les jardins, la chapelle troglodytique et les douves. Parce qu'on ne change pas un thème qui gagne (ou pas, ça dépend des points de vue), les statues classiques côtoient une fois de plus les œuvres d'art contemporaines, sculptées dans ce métal artistement rouillé-mais-en-fait-non que nous avons croisé dans tous les jardins de la région. Ce n'est toujours pas notre délire, mais au moins, ces œuvres-là sont figuratives, rigolotes et ont l'air d'avoir demandé du travail (et du talent en prime). Ce n'est pas le cas de tout ce que nous avons pu voir cette semaine...

Le potager

Malgré le ciel tout gris, la balade entre le potager, le verger et les jardins d'agrément est très agréable. Même les douves ont été transformées en espaces verts il y a quelques années, avec des contreforts d'ifs et des plantes grimpantes. On y accède par un escalier très étroit, très sombre et très bas de plafond, et quand on s'est entendu répéter toute la semaine que Charles VIII était mort de s'être cogné la tête à un linteau de porte (du haut de son 1,52 m, chapeau l'artiste), c'est un chouia angoissant. Et parce qu'on ne déroge pas à un thème bien établi, ici aussi il y a une collection bizarre : les menthes. On a compté, il y en avait plus d'une trentaine différentes. Et nous qui étions fiers avec notre unique pied de menthe toute basique dans notre jardin !



Clou de la visite : la dégustation ! Valmer, ce n'est pas seulement un monument historique et un jardin remarquable, c'est aussi un domaine viticole, et les propriétaires ont bien compris comment donner envie aux gens d'acheter leur vin : en le leur faisant découvrir sur place. Il est peut-être un peu tôt dans la journée pour le Vouvray... mais tant pis ! Il aurait été dommage de se priver, et nous repartons d'ailleurs avec deux bouteilles en souvenir de cette première semaine de découverte des châteaux de la Loire.

Pomme de reinette et pomme d'api... (on croise des pommes d'api rouges dans un jardin et voilà le résultat : une chanson coincée dans la tête toute la journée !)

Les douves

Les vacances sont déjà finies, et nous prenons la route du retour. Pour une fois, nous voici rentrés après seulement deux heures de route. En une semaine, nous n'avons fait qu'effleurer le sommet de cet iceberg que constitue la vallée de la Loire, et ce que nous avons vu nous a donné une furieuse envie de revenir. Pas d'inquiétude, nous avons déjà un programme sur deux semaines supplémentaires, à étaler sans doute sur les deux années à venir !

lundi 10 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 6 - Amboise et Tours

Comme prévu, nous nous offrons une petite grasse matinée et un petit-déjeuner un peu plus tardif que d'habitude avant d'attaquer la quasi-colline sur laquelle se dresse le château d'Amboise. Un petit crachin désagréable se met à tomber quand nous arrivons, mais il nous suffit de nous greffer à la visite guidée qui vient de commencer à l'intérieur du château pour laisser cette petite contrarié de côté.



Le château d'Amboise a beau être celui que les guides touristiques conseillent en premier, c'est loin d'être le plus intéressant (le Clos Lucé et Château Gaillard valent largement plus le détour). Il y a finalement assez peu de pièces ouvertes à la visite et la déco comme le mobilier sont assez limités. Surtout, il ne reste malheureusement qu'environ 20% du château d'origine, la plupart des bâtiments ayant été rasés au 19è : des siècles d'abandon les avaient rendus dangereux et la facture de la restauration était beaucoup trop élevée pour que cette option soit envisagée. Heureusement, il reste la jolie chapelle, avec son fronton montrant Charles VIII et Anne de Bretagne devant la Vierge et sa dalle funéraire de Léonard de Vinci. Les jardins sont plutôt mimis aussi, mais là encore, la comparaison est un peu rude par rapport à hier.



Maintenant que nous avons coché les trois châteaux d'Amboise sur notre programme, nous prenons la route du petit village de Chançay pour découvrir les jardins du château de Valmer. Manque de pot, celui-ci est fermé le lundi, ce que le Routard a oublié de préciser. Dommage, il y avait enfin un rayon de soleil !

Il ne nous reste plus qu'à occuper notre après-midi avec les visites initialement prévues à Tours demain. Nous commençons donc par la cathédrale Saint Gatien, et la journée se poursuit sur le thème "ne tient pas la distance par rapport à ce que nous avons pu voir en début de semaine" : face à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, celle-ci, toute jolie qu'elle soit par ailleurs, est un peu à la traîne. Bon, sauf pour les orgues, qui écrasent allègrement toute la concurrence et comptent parmi les plus belles que nous ayons jamais vues. Points bonus également pour les vitraux et les explications très complètes qui les accompagnent. Saint Gatien a tout bon dans l'absolu, mais il est compliqué de passer après ce chef-d'oeuvre qu'est Sainte-Croix.



Après la pause déjeuner, direction la place Plumereau et les rues avoisinantes, dans le très vieux Tours, avec ses maisons à colombages et ses façades ornées de statues vieilles d'environ 500 ans. Au fil des vieilles ruelles, nous rejoignons l'ancienne abbaye Saint Julien, qui héberge aujourd'hui le musée du compagnonnage. Vous vous souvenez de l'entrée sur Fougères-sur-Bièvre, où j'affirmais que charpentier n'était pas un métier mais un art ? Nous en avons eu la preuve ici. Et c'est la même chose pour sabotier, vannier, chaudronnier, serrurier, ou que sais-je encore. La première salle du musée explique très clairement les origines du compagnonnage, ainsi que du fameux tour de France et du chef-d’œuvre que tout aspirant Compagnon se doit de réaliser, mais c'est la deuxième qui est particulièrement impressionnante : on y trouve exposés plusieurs chefs-d’œuvre de Compagnons qui ont demandé des centaines, voire parfois des milliers d'heures de travail, et on se dit en les découvrant que ces artisans-là sont un peu fous et totalement géniaux. Il faut le faire pour réaliser une maquette des hospices de Beaune en pâte à nouilles, ou une serrure dotée d'un piège à menottes ! On s'extasie à chaque nouvelle vitrine et on ne s'étonne plus vraiment que seuls 10% des jeunes qui entament un tour de France finissent Compagnons...

Chefs-d’œuvre de charpentiers


Pour terminer notre tour de Tours (haha), nous quittons la ville à proprement parler pour sa banlieue, et plus précisément le prieuré de Saint Cosme, où Pierre de Ronsard fut prieur les 20 dernières années de sa vie. Sans avoir jamais prononcé de vœux monastiques. Trop fort ! Mais religieux et poète, finalement, c'est un peu la même chose : on cultive son jardin, on taille dans le superflu et on s'intéresse à plus grand que soi. Le prieuré a été largement détruit pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, mais finalement, les ruines qui subsistent ont un côté très romantique. Ronsard est toujours enterré là et la sérénité de l'endroit, encore aujourd'hui, doit bien lui plaire. Côté visite, c'est plutôt bien fichu, avec des pupitres interactifs qui récitent des poèmes à la demande. La règle qui veut qu'on colle de l'art contemporain partout fait que le réfectoire des moines est occupé par une expo un peu trop moderne à notre goût, mais on a connu pire. Et pour donner à la visite un petit goût encore plus agréable, nous tombons dans le jardin sur un mûrier particulièrement généreux et en avance d'un bon mois. La poésie donne des super-pouvoirs à la nature !



Etape à Tours ce soir avant de rentrer à la maison demain. Le château de Valmer étant sur le chemin, nous nous y arrêterons forcément pour boucler cette première boucle autour des châteaux de la Loire.

dimanche 9 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 5 - Chaumont-sur-Loire, le Clos Lucé et Château Gaillard

Pour vous dire à quel point notre hôtel est idéal pour rayonner dans la région, ce matin, nous reprenons littéralement la route que nous avons faite hier soir pour aller dîner... mais cette fois, nous nous arrêtons au château de Chaumont-sur-Loire plutôt qu'au restaurant. Le temps a viré au gris et il tombe des gouttes éparses, mais ce n'est finalement pas plus mal : Chaumont est presque plus connu pour son Festival International des Jardins que pour ses intérieurs, et la visite aurait été difficilement supportable avec la canicule des derniers jours. La température est à peu près correcte et il ne pleut pas encore à seaux, c'est le créneau idéal pour faire le tour des installations paysagères de cette année.



Thème de 2017 : le pouvoir des fleurs. Les jardiniers/paysagistes/artistes internationaux invités proposent 24 tableaux différents au sein même du parc du château, avec un sous-thème par tableau. Des fois, on valide la petite explication fournie dans le guide, et d'autres fois, on se dit que les jardiniers doivent fumer leurs propres créations, parce qu'on ne voit pas bien où ils veulent en venir. Ou alors, nous sommes des béotiens - ce qui est tout à fait possible aussi. Dans une autre partie du parc, les petits jardins plus pérennes d'inspiration asiatique sont moins envahis par les touristes, mais ils ont aussi l'inconvénient d'être entourés d’œuvres contemporaines auxquelles nous n'adhérons pas du tout. La directrice actuelle du château est semble-t-il une grande amatrice d'art contemporain, et dans un château et un parc Renaissance, ça tranche un peu...



Faire le tour des jardins à la fraîche était une excellente idée, car la visite nous prend près d'une heure et demie, ce qui aurait été un supplice en début de semaine. Après le dehors, passons au dedans et à la partie historique. Le château de Chaumont appartenait à Diane de Poitiers, favorite d'Henri II, avant que la régulière d'Henri, Catherine de Médicis, ne force la favorite à le lui restituer en échange de Chenonceau. Le deal n'était pas trop vilain, ni l'une ni l'autre n'y a vraiment perdu au change : Chenonceau et son miroir d'eau sont certes très beaux, mais Chaumont a un petit côté "château Disney parfait" avec ses grosses tours rondes. La plupart des pièces ouvertes à la visite sont restées dans leur jus Renaissance, et pour une fois, on a même droit aux tapisseries qui vont avec. Malheureusement, on a aussi droit à d'autres œuvres contemporaines, qui nous amusent beaucoup moins que les Legos d'hier. A part la chapelle envahie de branches et d'oiseaux, ça détonne beaucoup trop pour nous.




Après un rapide passage par les écuries, considérées au 19è siècle (alors que Chaumont appartenait au prince et à la princesse de Broglie) comme les plus modernes et les plus luxueuses d'Europe, nous reprenons la route, cette fois pour la Touraine. Direction Amboise, la ville la mieux lotie du coin en matière de châteaux remarquables, puisqu'il y en a pas moins de trois. LE château d'Amboise, ce sera pour demain. Aujourd'hui, nous nous contenterons des deux plus petits - par la taille, mais certainement pas par la réputation.

On commence donc par le Clos Lucé, un peu pris d'assaut en ce premier dimanche des vacances d'été. C'est là que François Ier passa ses jeunes années, mais si le château est connu, c'est surtout pour avoir hébergé un certain peintre/ingénieur/inventeur/trifouilleur de génie pendant les trois dernières années de sa vie. Léonard de Vinci est venu s'y installer avec armes et bagages, plus une Joconde, un Saint Jean-Baptiste et une Vierge à l'Enfant avec Sainte Anne (autant dire pas ses œuvres les plus moches), y est mort en 1519, et ce séjour éclipse absolument tous les autres personnages historiques qui sont un jour passés dans les murs.




La reconstitution des pièces de vie et du studiolo du maestro sont très jolies, mais ce qui attire surtout l'attention, ce sont les maquettes réalisées d'après les plans d'origine de Léonard. On a beau savoir que le bonhomme était en avance sur son temps, on ne réalise vraiment à quel point qu'une fois confronté à des salles entières remplies de ses idées. Vélo, mitrailleuse rotative, hygromètre, compteur kilométrique, char d'assaut, bouée de sauvetage, automobile, parachute, pont pivotant... C'est simple, quand il n'en a pas eu l'idée lui-même avec 400 ans d'avance, il a perfectionné le design existant. Devant toutes ces inventions ultra-modernes, on finit par se dire que Léonard disposait d'une machine à voyager dans le temps ou avait un don de voyance. Ne pas pouvoir toucher aux maquettes exposées dans le château est assez frustrant, mais les concepteurs du musée ont pensé à tout : dans le parc, des versions grandeur nature ne demandent qu'à être manipulées. La roue à aubes, le marteau-pilon, le tank ou la vis d'Archimède sont intégrés comme des éléments de décor, entre les arbres et les cours d'eau. L'ensemble est très naturel, très bien fait, et réussit à intéresser l'ingénieur comme la tout-sauf-scientifique.




Nous nous accordons une petite glace au milieu du parc pour nous reposer un peu, puis nous partons à la découverte du château Gaillard. A l'origine, ce château-là n'était prévu au programme que demain, mais vu qu'il se situe à 500 mètres du Clos Lucé, il aurait été idiot de passer à côté.

De façon générale, si vous êtes de passage à Amboise, il serait idiot de passer à côté tout court, car comme dirait Benjamin, cette visite est épique. Certains guides touristiques ne font même pas encore mention de son existence et son histoire est rocambolesque : jusqu'à son rachat en 2011, Château Gaillard avait tout bonnement disparu des cartes, des mémoires et même des archives des Monuments historiques et du Ministère de la Culture. Pendant environ 80 ans, ce domaine de 15 hectares en plein Amboise, à deux pas d'un des sites les plus touristiques de la ville, a été tout bonnement invisible (un prince changé en bête aurait pu vivre là avec ses domestiques transformés en meubles, personne ne l'aurait remarqué). Les nouveaux propriétaires ont investi des sommes folles de leur poche pour remettre en état le château et transformer la forêt vierge qui l'entourait en jardin Renaissance, les travaux ont duré 5 ans, les touristes sont à nouveau les bienvenus, et la visite vaut vraiment la peine.




Le plus fou, dans cette histoire, c'est que le Château Gaillard n'appartenait pas exactement à n'importe qui : le château Renaissance a été construit sur ordre de Charles VIII, qui avait fait raser la forteresse médiévale existante après en avoir exproprié le fondateur (expropriation qui a probablement eu lieu depuis la plus haute fenêtre du donjon, d'ailleurs). Château Gaillard, c'est rien moins que le premier château avec jardins à l'italienne de France. C'est aussi là qu'un jardinier italien passé à la postérité, Dom Pacello, a réussi à acclimater les premiers orangers venus de Naples et créé la reine-claude. Et pour bien continuer la semaine des collections bizarres, les propriétaires ont rassemblé dans l'orangerie 60 des 62 espèces d'agrumes répertoriées dans le monde.




La visite guidée est passionnante et drôle, très riche en anecdotes historiques et sur les travaux pharaoniques qu'a nécessité le site. Le temps de la visite, on oublie totalement qu'on se trouve en ville, ce qui doit faire particulièrement plaisir à Dom Pacello, qui voulait faire de Château Gaillard un nouveau Jardin d'Eden. On joue à l'arbre généalogique des rois de France dans la salle des portraits, on essaie d'identifier les différents agrumes dans la grotte olfactive (zéro pointé pour nous ; mais depuis quand il y en a 62, aussi ?!) et on découvre des communs troglodytiques uniques en leur genre. Épique, donc. Vivement que tous les guides mentionnent le domaine, car tout ce travail mérite d'être récompensé et soutenu.




L'orage qui couve depuis ce matin éclate précisément alors que nous rejoignons la voiture. Timing parfait ! Après une journée aussi dense, il est plus que temps d'aller nous poser à l'hôtel. Nous attaquerons le crapahutage un peu plus tard demain matin, histoire de se rappeler que c'est quand même les vacances !