dimanche 20 avril 2014

Japon, jour 11 - Kumano Kodo

Les dieux ont manifestement très mal pris nos commentaires d'hier concernant les "temples Ikea", et ils nous le font savoir aujourd'hui en nous envoyant un temps épouvantable, alors que l'intégralité de notre programme doit se faire en extérieur...

C'est donc sous une pluie battante que nous commençons l'exploration des Kumano Sanzan, les trois sanctuaires sacrés de la région de Kumano. Il paraît qu'au Moyen Age, on considérait le coin comme le paradis bouddhique de la Terre pure. Il faut dire que la région, avec ses montagnes couvertes de forêts et ses larges rivières qui coulent au fond des gorges, est particulièrement jolie. Nous commençons par la cascade Nachi no Taki, haute de 130 mètres, qui ressemble à un voile un peu vaporeux. Ravissante en soi, mais face à ses collègues islandaises, elle ne tient pas la distance ! Cela dit, ça vaut peut-être mieux pour les ascètes qui viennent s'y purifier : au moins, ils ne finiront pas écrasés par la puissance de l'eau !



De là, nous rejoignons le premier sanctuaire, Kumano Nachi Taisha, dédié à la déesse de ladite cascade, qui, en plus du temple, possède une jolie pagode à trois étages. Pour la minute culture religieuse, la pagode est bouddhique, et le temple, shinto. On le sait parce que le guide nous l'a dit, mais personnellement, nous sommes incapables de faire la différence... Mais peu importe la religion, l'essentiel est que le site soit particulièrement beau et vaille qu'on passe du temps à l'explorer malgré la pluie et les chaussures qui font déjà floc floc à chaque pas (c'est mon lot dans la vie : toujours tomber sur les chaussures non étanches).



Contrairement au pagodes que nous avons pu voir jusqu'ici, celle-ci n'a pas un tour de taille d'anorexique et peut donc se visiter. Il n'y a pas grand-chose à voir dans la pagode à proprement parler, à l'exception des plafonds et des murs décorés de représentations de divinités et d'une version japonaise du Kama-Sutra, mais au dernier étage, la vue sur la cascade vaut la grimpette.



Déjà trempés comme des soupes, nous reprenons la route pour la deuxième étape du pèlerinage, Kumano Hayatama Taisha. Pour un sanctuaire censément si important (il est considéré comme le lieu d'apparition du shintoïsme), le lieu est particulièrement modeste. D'accord, les tons rouges et orange flashent un peu, mais il n'y a rien pour le distinguer des autres temples de la région, voire du pays. Un empereur a droit à plus d'égards que les dieux fondateurs de la religion ! (Non, on ne s'est pas encore tout à fait remis du Tosho-gu à Nikko.)



J'ai ouvert ce billet en parlant des trois sanctuaires sacrés de Kumano. En toute logique, après le 1 et le 2, nos pas (enfin, nos roues) nous mènent au n° 3, Kumano Hongu Taisha. Là encore, à l'exception des très beaux toits en X et de l'emblème de la corneille à trois pattes présent un peu partout, rien de distingue Hongu des sanctuaires que nous avons vus jusqu'à présent. Il y a bien une clairière à proximité, appelée Oyunohara, délimitée par un torii en acier de 35 mètres de haut, mais pour le reste, on continue à faire dans l'humilité et la sobriété.



Malgré la pluie qui refuse de se calmer, le vent et les 3 cm d'eau dans lesquels baignent mes pauvres chaussures, nous décidons de nous enfoncer encore plus loin dans Kumano Kodo. La véritable expédition du jour se fait avec notre dernière étape, le sanctuaire de Tamaki. Pour y accéder, le GPS nous annonce 30 km... et une heure de route. On comprend pourquoi lorsqu'on attaque la toute petite route de montagne en mode "plus sinueuse que ça, tu meurs", que l'on est obligé d'aborder à 30 à l'heure et en première. A chaque virage (soit tous les trois mètres), on prie toutes les divinités du shintoïsme de ne rencontrer personne en face, de peur de finir dans le ravin. Les divinités en question doivent estimer qu'elles nous ont suffisamment punis avec ce temps atroce, car entre l'aller et le retour, nous croiserons en tout et pour tout une seule voiture... Alléluia, ou quelle que soit l'expression consacrée dans la région !

Tamaki est un sanctuaire qui se mérite et qui vaut largement le détour. En cette fin de journée, au milieu des bancs de brume et dans une tranquillité absolue (les rares visiteurs encore présents sont sur le départ), le temple et son arbre déifié de 3 000 ans ont un petit coté fantomatique et surréaliste. On se demande vraiment comment un endroit pareil a pu être bâti il y a des siècles, alors qu'il est encore si difficile d'accès aujourd'hui.



Trempés pour le compte, nous regagnons notre hôtel (le même qu'hier) en rêvant au onsen privé que nous avons réservé pour ce soir. L'eau, c'est bien, mais à condition d'avoir choisi de se retrouver dedans ! Une petite heure dans une eau à plus de 40° nous permet de bien nous délasser après cette journée très, très humide mais aussi très satisfaisante. En fait, le guide touristique ayant légèrement exagéré le temps nécessaire aux visites, nous avons fait en une journée ce qui était prévu en deux. Nous voilà donc avec une journée d'avance sur notre programme, ce qui nous permettra de passer un peu plus de temps à Kyoto la semaine prochaine, voire d'organiser un détour par Osaka.

Que d'eau, que d'eau... Notez la thématique du jour : les dragons cracheurs d'eau, que nous avons retrouvés dans quatre sanctuaires sur quatre. Franchement, cracher de l'eau, c'est pas un peu la honte pour l'espèce ?!

samedi 19 avril 2014

Japon, jour 10 - La péninsule d'Ise-shima

Nous commençons notre découverte de la péninsule d'Ise-shima par un gros morceau : Ise-jingu, le sanctuaire le plus sacré du shintoïsme japonais. Vu la réputation de l'endroit, nous nous attendons à un site du même acabit que Nikko, avec de l'or, de la laque et des sculptures à ne plus savoir qu'en faire. Mais il y a pourtant une différence de taille avec Nikko : les Japonais sont tellement fans des jeux de construction que, tous les 20 ans, le sanctuaire dit "extérieur", Geku, et le sanctuaire "intérieur", Naiku, sont totalement rasés et reconstruits. Oui oui, vous avez bien lu : au bout de vingt ans, on casse tout et on recommence, sanctuaires, ponts et trésors inclus. La dernière reconstruction datant de 2013, tout respire le neuf, voire le toc. En fait, on a l'impression d'être face à des temples Ikea. Bon, on n'a pas osé le dire trop fort, parce que vu la sacralité de l'endroit, on aurait risqué le lynchage...



Nous sommes samedi et le temps est à nouveau radieux. Autant dire que les pèlerins sont extrêmement nombreux et que nous détonons violemment au milieu de la foule. Dans le shintoïsme, ce ne sont pas tant les bâtiments qui comptent que le site sur lequel ils sont construits. Du coup, tout est prétexte à s'arrêter pour prier : un arbre, une pierre... Du moment que c'est délimité par un shimenawa (les cordes qu'on voit sur toutes les photos), c'est sacré, donc il y a un dieu pour écouter. Pour les touristes occidentaux plus habitués aux églises, c'est un peu surprenant.



Pour compléter cette parenthèse sacrée, nous nous rendons ensuite à Futami, célèbre pour ses "rochers mariés" Meoto-iwa. Il s'agit en d'un gros rocher et d'un plus petit, reliés par un shimenawa de 30 mètres. Si le guide ne précisait pas qu'il s'agit d'une représentation des deux dieux créateurs de l'archipel nippon, on pourrait croire qu'il s'agit des dieux des grenouilles : on trouve en effet des sculptures de batracien absolument partout, de la plus réaliste à la plus boudeuse, en passant par des grenouilles en prière et des grenouilles musiciennes. On n'a pas trouvé d'explication, mais on suppose qu'il s'agit de l'emblème de la péninsule.



Parenthèse sacrée refermée, nous partons pour Toba, découvrir un petit coin assez improbable : l'île des perles Mikimoto. Figurez-vous que c'est ici qu'un certain Mikimoto Kukichi produisit des perles de culture pour la première fois de l'histoire. L'affaire a tellement bien fonctionné que l'île, où on produit toujours des perles, est devenue un musée à la gloire du brave Kukichi (non, sans rire, le bonhomme avait vraiment l'air cool) et de la perliculture. On y vend aussi, forcément, de beaux bijoux, mais c'est fou ce que ça reste cher, la perle de culture... On se contentera de ramener des images assez surréalistes de ces pêcheuses à moitié sirènes qui plongent toute l'année en apnée pour ramener les huîtres à la surface. Il paraît que le métier se perd, allez donc comprendre pourquoi...

Ce qu'on ne fait pas avec des perles...

Après les huîtres et leurs parasites qui coûtent un bras, nous quittons la région de Honshu pour le Kansai, la plus grosse partie de notre voyage. Ce soir, nous avons fait une folie : nous logeons dans un hôtel quasi-de-luxe situé sur une petite île. On nous avait promis des chambres typiquement japonaises avec futons et des onsen (des sources chaudes) pour se détendre, mais très honnêtement, cela va bien au-delà de nos espérances !

Nous sommes accueillis comme des rois à l'arrivée du ferry et on nous annonce que le dîner nous sera servi dans notre chambre. Une dame en kimono qui passe son temps à ramper sur les genoux et à s'incliner commence par nous apporter du thé, puis des sashimis, du bœuf et des nouilles aux fruits de mer. Tout ça nous semblait déjà bien copieux, mais voilà que Mme Kimono revient pour un deuxième service, cette fois des tempura. Puis pour un troisième, avec du riz, du gruau japonais, de la soupe miso et encore un peu de poisson. Le quatrième service, c'est le dessert. Ne nous demandez surtout pas comment, mais nous avons presque réussi à tout finir !



Le dîner débarrassé, Mme Kimono s'éclipse (toujours sur les genoux) et M. Futons vient installer notre couchage pour la nuit. Ce qu'il y a de bien avec la résidence à la japonaise, c'est que les pièces sont multi-tâches et que le salon sert aussi de chambre à coucher... Pour bien poursuivre dans la tradition, nous nous mettons en yukata et rejoignons les bains communs (mais pas mixtes, hein, n'exagérons rien !), où il faut se laver tout nus avant de se plonger dans des sources d'eau brûlante. Au début, c'est un peu surréaliste, mais on s'y fait très vite. De toute façon, tout le monde est logé à la même enseigne...

Une très belle façon de se détendre avant d'attaquer notre exploration du Kansai demain !

Les photos qui vont bien !

vendredi 18 avril 2014

Japon, jour 9 - Kanazawa

Une toute petite journée au programme, mais ça reste les vacances et il faut bien se reposer de temps en temps !

Bien évidemment, c'est le jour où nous avons décidé de visiter un jardin que la météo vire au gris. Mais tant que la pluie ne s'en mêle pas, nous n'allons pas nous plaindre. Nous nous rendons donc au jardin Kenroku-en, considéré comme l'un des trois plus beaux du Japon. Minute étymologie : "Kenroku-en" signifie "jardin des six perfections", à savoir la taille, le calme, l'ingéniosité, la beauté antique, l'usage de l'eau et les panoramas. Bon, pour le calme, il faudra repasser (il y a presque autant de touristes qu'hier à Shirakawa-go, et tous veulent prendre des photos aux mêmes endroits, avec eux dessus), mais pour le reste, on est assez d'accord.


Gankô-bashi, le "pont des oies sauvages qui volent". C'est beau, le japonais.


Malgré la grisaille, le jardin est extrêmement joli, avec ses lanternes, sa fontaine (la plus vieille du Japon), ses cascades, ses cerisiers, ses étangs et ses ruisseaux. Quand on s'éloigne un peu des sentiers battus, on retrouve même un peu du calme supposé de l'endroit. Le vent secoue les cerisiers et nous sommes littéralement arrosés de sakura. Pour un peu, sur certaines photos, on croirait qu'il neige !



Comme si un parc de 11 hectares ne suffisait pas à se dégourdir les jambes, nous laissons la voiture au parking et marchons un peu pour nous rendre à notre prochaine étape : la maison de samouraï Nomura-ke. Lors de la chute du système féodal au Japon, au milieu du 19è siècle, la plupart des vieux symboles du shogunat (dont les résidences des samouraïs) ont été détruits. Toute ressemblance avec une certaine Révolution à l'autre bout du monde un siècle avant n'est pas vraiment fortuite... Nomura-ke est la dernière maison à avoir été rachetée dans le quartier. Pour une résidence ayant appartenu pendant 12 générations à des personnes de haut rang, elle est étonnamment petite, mais l'adorable jardin japonais miniature compense largement.



Après cette visite rapide, nous repartons en direction de Kenroku-en, pour cette fois découvrir le parc de l'ancien château de Kanazawa. Encore un bâtiment qui a fini en cendres et que les Japonais s'efforcent de reconstruire à l'ancienne, en mode Lego, sans utiliser ces inventions occidentales barbares que sont les clous et les vis... En dehors d'une tour et de quelques portes, il n'y a malheureusement pas grand-chose à voir.



Il est à peine midi mais nous décidons de partir pour notre prochaine étape, Ise, et de profiter de la fin de l'après-midi pour nous reposer à l'hôtel. Après une semaine de crapahutage, nous avons bien mérité une pause !


Pour compléter ce message un peu court, quelques "true facts" compilés pendant cette première semaine et qui n'ont pas trouvé leur place dans le blog quotidien :
- Le Japonais conduit des voitures cubiques. Du coup, on a l'impression que tout le monde roule en Kangoo.
- Tous les parkings sont payants. TOUS les parkings. Il n'y a que devant les supermarchés qu'on peut espérer se garer gratuitement. Sinon, que vous alliez visiter un jardin ou un village alpin encore à moitié enfoui sous la neige, il faut mettre la main à la poche.
- On trouve des distributeurs automatiques de boissons dans les coins les plus reculés des montagnes les plus inaccessibles. Au cas où les moines voudraient un Coca.
- Les singes traversent la voie expresse en prenant leur temps. Véridique, on en a vu un, et ça fait bizarre...
- Le Japonais ne respecte pas les limites de vitesse. En même temps, 80 km/h sur la voie expresse, hum hum.
- Les toilettes de la Nasa avec siège chauffant et jet d'eau ne sont pas une exception mais la règle.
- J'aime ce pays où on trouve des toilettes publiques gratuites tous les 100 mètres.
- Où sont passés le savon et les sèches-mains dans lesdites toilettes publiques ?!
- Les seules poubelles disponibles sont des poubelles de recyclage. Les déchets non recyclables, on les emporte avec soi pour les jeter à l'hôtel le soir. Et malgré ça, tout est propre...
- Trouver des desserts ou des gâteaux tient du combat quotidien. Le sucre n'est pas vraiment roi dans ce pays.

jeudi 17 avril 2014

Japon, jour 8 - Shirakawa-go/Gokayama

Une journée placée sous le signe de la tradition... Nous commençons par la dernière visite prévue à Takayama, que nous n'avons pas pu faire hier en raison de l'heure. Il s'agit d'un petit musée qui expose quelques-uns des chars utilisés lors du festival de printemps de Takayama, qui se déroule les 14 et 15 avril, soit... la veille de notre arrivée. Cela explique le nombre de touristes dans les rues. Sachant que le festival rassemble près de 300 000 personnes dans les rues de la ville, nous ne sommes pas fâchés d'avoir loupé l'événement !

Cinq chars, pesant pour certains jusqu'à 2,5 tonnes, sont présentés dans ce grand hall. Une voix en anglais enregistrée sur un antique magnétophone nous explique que ces petites merveilles d'or, de nacre et de plaques de bronze sont baladées à travers toute la ville deux fois par an (12 chars pour le printemps, 11 pour l'automne), sur les épaules de garçons costauds qui doivent impérativement faire la même taille. Certains chars sont agrémentés de marionnettes à la mécanique compliquée et il faut être un peu ingénieur pour comprendre le mécanisme qui permet à ces mastodontes de faire des créneaux. Dommage qu'il faille braver une marée humaine pour assister au festival, car tout ça doit être superbe dans le cadre historique de Takayama.



Nous prenons ensuite la route pour la vallée de Shirakawa-go, classée, comme tous les autres sites que nous visiterons aujourd'hui, au Patrimoine mondial de l'Unesco. Pendant des siècles, les villages de la région ont été complètement coupés du monde par la neige pendant l'hiver, et à voir l'épaisseur de neige qu'on trouve encore sur le bord de la route, on se dit que ça doit encore un peu être le cas. Pour s'occuper, les paysans de l'époque élevaient des vers à soie et fabriquaient de la poudre à canon. Aujourd'hui, la région vit du tourisme. On comprend pourquoi quand on voit le nombre de cars garés sur le parking...

A Shirakawa-go, nous faisons escale dans le petit village d'Ogimachi. La première partie de la visite est très intéressante : il s'agit d'une sorte d'éco-musée composé de chaumières traditionnelles au toit à 60° (des gassho-mazuri dans l'idiome local) que la construction d'un barrage menaçait de détruire. Comme les Japonais adooorent monter et démonter tous leurs bâtiments (cf. les temples de Nikko), elles ont été déplacées ici pour donner aux touristes une petite idée de la vie traditionnelle.




La plupart des maisons se visitent (on devient des pros du retirage de chaussures...), parfois jusque dans les combles. Cette partie "musée" du village n'attire pas beaucoup les visiteurs, qui préfèrent se concentrer sur la partie habitée, et nous avons pratiquement l'endroit pour nous tout seuls. Le temps est magnifique (on se demande d'ailleurs comment il peut faire plus de 20° mi-avril en pleine montagne), on n'entend pas d'autre bruit que celui de l'eau qui coule et les montagnes qui se découpent derrière sont sublimes. Difficile de demander plus.




Les choses se gâtent dans la partie "vivante" du village, qui nous déçoit beaucoup : on trouve certes quelques jolis points de vue, mais les gens sont surtout là pour les boutiques de souvenirs et les petits restaurants. Personne ne semble vraiment s'intéresser à la vie traditionnelle, mais le selfie devant un toit en chaume fait un tabac...

Pour échapper un peu à la foule, nous partons pour la vallée voisine de Gokayama. Qui dit moins de touristes dit aussi moins de boutiques et plus d'authenticité. Nous profitons bien davantage du village de Suganuma et de la rivière qui coule à proximité. Nous qui nous posions des questions sur l'isolation de maisons aux murs en bois et aux portes en papier pendant l'hiver, nous avons notre réponse : des ouvriers sont en train de retirer des faisceaux de chaume autour des maisons. Isolation à l'ancienne, donc. Il reste encore des mètres de neige sur le bord de la route, ce qui est vraiment impressionnant à cette période de l'année. On ne doit pas rigoler beaucoup en hiver, dans le coin !




Léger changement de décor à Ainokura, où la neige ne se limite pas au bord de la route mais à tout le village. Une tradition locale veut que si l'on aperçoit la grosse pierre située devant le temple au 6 avril, la neige aura disparu 20 jours plus tard. A vue de nez, le caillou a dû se montrer un peu plus tard... Nous faisons le tour du village en passant par la forêt, ce qui implique une bonne demi-heure de marche avec les pieds dans la neige une bonne partie du temps. Tout cela en T-shirt et avec le soleil qui continue de briller... Une expérience un brin surréaliste !




Après cette journée "tradition", nous remontons en voiture pour rejoindre notre étape, la ville de Kanazawa. Exploration prévue demain.

Quelques photos supplémentaires.

mercredi 16 avril 2014

Japon, jour 7 - Matsumoto/Takayama

Un programme un peu différent aujourd'hui : nous laissons temporairement les temples de côté et commençons la journée par le château de Matsumoto, l'un des rares châteaux du Japon à posséder le titre de "trésor national". Nous avons la chance de le découvrir entouré de cerisiers en pleine floraison, ce qui, associé aux jolis petits ponts rouges et aux carpes qui prennent leurs aises dans les douves, en fait une véritable image de guide touristique.



Quand on a l'habitude des châteaux forts européens, la version japonaise surprend. Adieu la pierre, place au bois. C'est plus facile à reconstruire en cas de tremblement de terre, mais bonjour les dégâts au moindre petit incendie... Il faut savoir également que la tour principale (la seule qui ait survécu, celle qui apparaît sur les photos) était là pour faire joli en temps de paix (le seigneur local n'y vivait pas) et pour servir de camp retranché en période de guerre. Là, Européens et Japonais sont d'accord : il faut des couloirs suffisamment grands pour que les samouraïs puissent y courir en armure complète, des petites fenêtres pour tirer balles et flèches sur l'ennemi, et des trappes pour lui balancer des pierres.



Nous visitons le château en compagnie d'une guide japonaise qui s'exprime dans un anglais haché mais tout à fait compréhensible. Grâce à elle, nous avons droit à des informations que ni le guide ni le dépliant touristique ne précisent (le poids d'une armure de samouraï ? 12 petits kilos. La largeur des douves ? 50 mètres), ce qui nous aide un peu à penser selon le modèle japonais. Le point fort de la visite : le petit musée qui présente les différentes armes à feu utilisées à l'époque de la construction du château, au 17è siècle. Le point pas fort du tout : les escaliers aux marches de 3 mètres de haut, qu'on monte en souffrant et qu'on descend avec angoisse. Car en prime, la visite se fait sans chaussures, sur du bois froid et glissant. Ce sera un miracle si nous n'attrapons pas la mort avant la fin du séjour...



Avant de partir pour la suite de notre circuit, nous faisons une escale au petit musée de la ville de Matsumoto, qui complète bien la visite du château. Le temps d'acheter de quoi déjeuner et nous voici partis pour... une ferme de wasabi. On ne se demande pas assez d'où vient le machin vert immangeable qu'on nous refourgue dans tous les restaurants japonais. Réponse : c'est une plante qui ressemble au raifort et qui doit être irriguée en permanence pour pousser correctement. C'est la raison pour laquelle les centaines de rangées de wasabi que nous découvrons sont en fait situées en plein milieu d'une rivière : rien de tel que l'eau courante pour cette plante gourmande. Le soleil est assassin à cette heure de la journée et nous envisageons un instant de nous rafraîchir avec une glace... parfum wasabi. Mais à la réflexion, faut pas exagérer...



De retour sur la route, où nous passons deux heures pour rejoindre notre camp de base de ce soir, Takayama, dans les Alpes japonaises. Un peu comme pour la ferme de wasabi, nous pensions être les seuls touristes à fréquenter le coin en cette saison, mais au final, c'est la première fois en une semaine que nous voyons autant d'Occidentaux au même endroit ! Nous commençons notre découverte de la ville avec la préfecture Takayam-jinya, le dernier bâtiment de ce genre au Japon. Il s'agissait en fait du siège du gouvernement lorsque la province était dirigée par les shoguns Tokugawa (ceux dont on a parlé en long et en large hier à Nikko).

On y découvre un labyrinthe de salles d'audience et de torture, de bureaux pour les secrétaires et d'appartements destiné aux officiels. C'est à se demander comment tous ces gens s'y retrouvaient... Les bâtiments sont presque entièrement vides de mobilier et il est un peu difficile de se faire une idée de ce à quoi cela devait ressembler à l'époque. Sans doute aux couloirs de Bercy aujourd'hui.



L'heure étant trop avancée pour faire la dernière visite prévue, nous décidons d'aller flâner un peu dans Sanmachi, un quartier ancien préservé qui regroupait à l'époque les maisons des marchands et où l'on trouve aujourd'hui... des distilleries de saké. Beaucoup de distilleries. Qui veulent vous vendre leurs produits. Et qui vous proposent donc de goûter. Un peu rude quand on n'a rien dans le ventre depuis midi, mais nous découvrons que le saké est un alcool aussi varié que le vin et qu'il est impossible de n'en ramener qu'une bouteille. Donc ce sera cinq. Mais elles sont petites, alors nous n'avons pas (trop) de scrupules.



Une belle façon de finir la journée !

Le reste des photos. Aujourd'hui, vous avez même droit à un petit jeu appelé : "Où est Benji ?" Benjamin se cache sur un grand nombre de photos prises dans la préfecture de Takayama. Saurez-vous le retrouver ?!

mardi 15 avril 2014

Japon, jour 6 - Nikko

Nous pensions que la journée serait courte, mais elle a fini par être particulièrement dense ! Aujourd'hui, nous visitons les temples et les sanctuaires de Nikko, classés au patrimoine mondial de l'humanité. Et à peine arrivés, on comprend pourquoi : tous les temples que nous avons découvets jusqu'à présent sont des nains en comparaison de ceux-là.

Tous les sites classés sont regroupés dans un grand parc, ce qui rend la visite très facile : quand on y est, on y reste jusqu'à ce qu'on ait tout vu. On commence donc par le Rinno-ji, un temple... qui n'existe plus pour l'instant. Il est en rénovation depuis 2007 et le restera jusqu'en 2020, c'est dire l'ampleur des travaux. L'énorme échafaudage qui recouvre le temple nous étonne au début, mais nous comprenons son utilité au fur et à mesure de la visite. Ils sont fous ces Japonais, partie 3 : leurs temples sont en fait de véritables Legos géants, des assemblages de milliers de pièces en bois. Pour rénover le Rinno-ji, méchamment attaqué par les termites, il a été démonté. Entièrement. Du sol au plafond. L'échafaudage de 7 étages sert en gros à cacher la misère et à exposer quelques trésors du temple déjà remis à neuf. On regrette de ne pas voir le temple dans toute sa splendeur, mais au final, la visite des travaux est presque aussi hallucinante.



Nous poursuivons avec le très, TRES gros morceau de la visite : Tosho-gu, rien moins que le plus grand mausolée du Japon, où est enterré Tokugawa Ieyasu, le tout premier shogun, divinisé après sa mort. Pour aller avec l'importance historique du personnage, on a sorti les grands moyens. On commence par une pagode à cinq étages dont les 12 signes du zodiaque asiatique sont représentés au premier étage. Ce bâtiment est la preuve que le 20è siècle n'a pas le monopole des normes parasismiques : les portes de la pagode sont ouvertes pour révéler le pilier suspendu central qui absorbe les chocs en cas de tremblement de terre. Milieu du 17è siècle, donc. Chapeau.



Lorsqu'on entre dans le sanctuaire proprement dit, c'est l'émerveillement. Même les bâtiments servant d'entrepôts sont magnifiques ! On apprend qu'il y a là deux chevaux sacrés en résidence permanente, dont un offert par le gouvernement néo-zélandais. Comment un cheval devient sacré et à quoi il sert une fois qu'il l'est, c'est un mystère... Les sculptures sur le toit de l'étable se lisent comme une bande dessinée et représentent les célébrissimes singes de la sagesse :


Ne rien entendre, ne rien dire, ne rien voir

Autour, c'est une débauche d'or, de laque, de sculptures et de statues. Même les bâtiments abritant la cloche et le tambour sont sublimes ! Quant aux sculptures de l'enceinte, ce sont des modèles de réalisme et de précision. Nous avançons la bouche ouverte, en poussant des "oooh" et des "haaaan" tous les trois pas. 



Mais ce qui mérite sans conteste le titre de plus beau monument du Tosho-gu (et la compétition est rude), c'est le Kara-mon, la porte chinoise qui donne accès au sanctuaire central. Ses dragons blancs et ses dorures sont incroyables, au point que le sanctuaire lui-même (que l'on visite sans chaussures, encore ; au total, nous avons dû nous déchausser trois fois) devient un peu pâlot par comparaison.



Lorsque nous arrivons enfin à nous arracher à la porte, c'est pour gravir le million de marches qui mène au mausolée de Tokugawa Ieyasu. Après être passés devant la célèbre sculpture du "chat endormi", une sacrée grimpette s'amorce. Rendre visite au plus célèbre des shoguns, ça se mérite ! Par rapport au reste du Tosho-gu, le mausolée est presque dépouillé. Il paraît que Ieyasu avait demandé à ce qu'on fasse modeste. Il n'a été écouté que pour sa tombe !



Après Tosho-gu, nous passons au sanctuaire Futurasan-jinja, qui ne tient pas vraiment la comparaison face à son grand voisin, puis Taiyu-in, le sanctuaire dédié à Tokugawa Ietsuna, le petit-fils de Ieyasu (vous suivez ? Parce qu'il y aura interro écrite à la fin du séjour). C'est forcément plus sobre que le tombeau du papy, mais la sobriété est un concept très relatif quand on est shogun. La porte est là aussi en rénovation, mais il reste les rouges et les ors du mausolée et les 140 dragons peints au plafond. Grand-papa est vainqueur par KO, mais le petit-fils a quand même fait un effort.



Après le patrimoine mondial, il nous reste à découvrir le patrimoine naturel de Nikko. Une belle balade de plus de 4 km nous emmène le long de la rivière Daiya et nous fait découvrir un très bel alignement de Jizo, ces statues de Bouddha à qui on a rajouté un petit bonnet rouge. Le temps est magnifique, le soleil tape dur et nous sentons arriver les coups de soleil. Si nous devions prier pour quelque chose devant tous ces temples, ce serait pour que le temps se maintienne pendant tout le séjour !



Vers 15 heures, après le même genre de déjeuner de supermarché qu'hier, nous prenons la route de Matsumoto, à 3 heures de là, pour notre étape de la nuit. Changement de style prévu pour demain...


lundi 14 avril 2014

Japon, jour 5 - Matsushima/Shiogama

Nous sommes des génies (enfin, Benjamin surtout, l'idée est de lui) : la navigation par coordonnées est infiniment plus efficace que la saisie de kanji au pifomètre. Ce n'est pas encore parfait, il reste quelques ajustements à faire, mais au moins, nous ne perdrons plus deux heures dans notre journée parce que le GPS nous a envoyés dans la mauvaise préfecture...

Ce matin, donc, latitude et longitude dûment saisies, nous nous rendons à Matsushima, à quelques kilomètres de Sendai, pour visiter quelques temples supplémentaires (nous allons en avaler tout au long du séjour, des temples, vous êtes prévenus). Nous découvrons que les coordonnées ont besoin de petits réglages lorsque le GPS, au lieu de nous mener directement sur le site touristique, nous conduit au sommet d'une petite colline qui offre de belles vues sur la baie de Matsushima. L'endroit est très paisible et très joli, donc nous n'allons pas nous plaindre de cette petite erreur.



Après quelques bidouillages et de légers embouteillages à Matsushima, nous voici arrivés au temple Zuigan-ji, face à la mer. L'originalité de l'endroit par rapport aux innombrables lieux de culte du pays, ce sont les cavités creusées dans la roche, qui abritent des statues de divinités bouddhistes. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les dieux : des avec trois têtes, des avec six bras, des qui font des grimaces un peu inquiétantes...



Le temple lui-même est malheureusement en rénovation et interdit au public jusqu'en 2016, mais il y a largement de quoi se rattraper sur le site. Pour commencer, il y a la cuisine. De 14 mètres de long sur 24 de large. C'est à se demander à quoi servait une cuisine aussi vaste pour des moines zen qui ne sont pas connus pour manger beaucoup... L'endroit se visite sans chaussures (fait froid aux pieds !) et permet de découvrir certains éléments normalement exposés dans le temple principal : statues des moines fondateurs du site, tablettes mortuaires du seigneur Date, à qui le temple doit son renouveau quelque part au 17è siècle, principale statue de Bouddha. Mais on s'extasie surtout sur les murs et les portes intégralement peints et qui représentent un faucon en pleine chasse.



Le mausolée dorée de Madame Date et un petit musée complètent la visite de ce temple vraiment superbe. Juste à côté se dresse un autre temple, Entsu-in, qui se caractérise plus par ses différents jardins : un jardin zen et une roseraie. Pour les roses, il faudra repasser, mais les cailloux, ça marche toute l'année. Il paraît que l'on peut "lire" le jardin zen et y voir une représentation des trois grandes étapes de la vie (naissance, apprentissage, accomplissement), mais nous, on voit surtout des petits cailloux avec des traces de râteau dedans. Cela dit, ça n'empêche pas l'endroit de rester très beau et apaisant.



Les temples ne manquent pas dans le quartier, et une fois sortis d'Entsu-in, nous nous rendons juste en face, à Godaido. Là aussi, une originalité : il s'agit d'un petit édifice religieux éparpillé sur quatre ilôts reliés entre eux par des ponts. C'est l'occasion de découvrir la baie de Matsushima sous un autre angle... et de faire connaissance avec une bestiole mythologique qui a tout du Pokémon : le dragon-tortue sculpté dans les coins du toit du temple. On n'espère que ce n'est pas un animal courant dans les eaux de la baie...



Après cette mini-escale, direction Shiogama pour la visite de son célèbre sanctuaire. Sur le chemin, Benjamin a regretté de ne pas avoir vu plus de cerisiers alors qu'ils sont censés être encore en fleurs dans cette partie du pays. Il suffisait de demander : Shiogama-jinja est un véritable océan de fleurs roses et blanches, et la beauté des cerisiers éclipserait presque celle du site. Le sanctuaire est dédié aux trois divinités locales, donc la déesse de la mer et des pêcheurs, qui aurait appris aux Japonais l'art du saumurage. Les temples flanqués par des grandes lanternes et encadrés par des cerisiers sont sans doute les plus beaux que nous ayons vu jusqu'ici. Un vrai site de carte postale ! Les Japonais qui visitent l'endroit en profite pour s'adonner à la coutume du o-hanami, qui veut dire simplement "regarder les fleurs" : on se pose sous le cerisier et on pique-nique ou on fait la sieste en se faisant arroser de pétales. Si ça a l'air idyllique, c'est parce que ça l'est...



Nous ne sommes qu'en début d'après-midi, mais nous avons pas mal de route à faire pour regagner notre point de chute de ce soir, Nikko. Après un déjeuner rapide et assez improbable (installés dans la voiture, nous mangeons des sushis achetés au supermarché), nous partons pour environ 3h30 de trajet sur une voie expresse bordée de cerisiers, encore. Même le simple fait de rouler est agréable !

Une fois installés à Nikko, nous allons acheter au supermarché de quoi petit-déjeuner demain matin et cherchons un restaurant pour le dîner. Nous optons comme d'habitude pour un lieu traditionnel, où nous nous déchaussons pour le deuxième fois de la journée pour manger des ramens accroupis devant une table basse. On profite du Japon à fond ou on n'en profite pas !

De vraies cartes postales...