mardi 11 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 7 - Jardins du château de Valmer

Dernière étape de cette première semaine de découverte des châteaux de la Loire : le fameux château de Valmer que nous avons loupé hier. Il est plus que temps de quitter la région et de rentrer dans nos pénates : le ciel a définitivement viré au gris et nous croisons les doigts pour ne pas prendre la saucée du siècle au milieu de la visite.



Car au château de Valmer, on reste dehors tout du long. Le château principal a brûlé en 1948 et il n'en reste que les marches du perron ; le "Petit Valmer", le bâtiment juste derrière (pas si petit que ça, d'ailleurs), est la résidence des propriétaires, qu'on va éviter d'aller déranger. Il y a de toute façon largement de quoi faire avec les jardins, la chapelle troglodytique et les douves. Parce qu'on ne change pas un thème qui gagne (ou pas, ça dépend des points de vue), les statues classiques côtoient une fois de plus les œuvres d'art contemporaines, sculptées dans ce métal artistement rouillé-mais-en-fait-non que nous avons croisé dans tous les jardins de la région. Ce n'est toujours pas notre délire, mais au moins, ces œuvres-là sont figuratives, rigolotes et ont l'air d'avoir demandé du travail (et du talent en prime). Ce n'est pas le cas de tout ce que nous avons pu voir cette semaine...

Le potager

Malgré le ciel tout gris, la balade entre le potager, le verger et les jardins d'agrément est très agréable. Même les douves ont été transformées en espaces verts il y a quelques années, avec des contreforts d'ifs et des plantes grimpantes. On y accède par un escalier très étroit, très sombre et très bas de plafond, et quand on s'est entendu répéter toute la semaine que Charles VIII était mort de s'être cogné la tête à un linteau de porte (du haut de son 1,52 m, chapeau l'artiste), c'est un chouia angoissant. Et parce qu'on ne déroge pas à un thème bien établi, ici aussi il y a une collection bizarre : les menthes. On a compté, il y en avait plus d'une trentaine différentes. Et nous qui étions fiers avec notre unique pied de menthe toute basique dans notre jardin !



Clou de la visite : la dégustation ! Valmer, ce n'est pas seulement un monument historique et un jardin remarquable, c'est aussi un domaine viticole, et les propriétaires ont bien compris comment donner envie aux gens d'acheter leur vin : en le leur faisant découvrir sur place. Il est peut-être un peu tôt dans la journée pour le Vouvray... mais tant pis ! Il aurait été dommage de se priver, et nous repartons d'ailleurs avec deux bouteilles en souvenir de cette première semaine de découverte des châteaux de la Loire.

Pomme de reinette et pomme d'api... (on croise des pommes d'api rouges dans un jardin et voilà le résultat : une chanson coincée dans la tête toute la journée !)

Les douves

Les vacances sont déjà finies, et nous prenons la route du retour. Pour une fois, nous voici rentrés après seulement deux heures de route. En une semaine, nous n'avons fait qu'effleurer le sommet de cet iceberg que constitue la vallée de la Loire, et ce que nous avons vu nous a donné une furieuse envie de revenir. Pas d'inquiétude, nous avons déjà un programme sur deux semaines supplémentaires, à étaler sans doute sur les deux années à venir !

lundi 10 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 6 - Amboise et Tours

Comme prévu, nous nous offrons une petite grasse matinée et un petit-déjeuner un peu plus tardif que d'habitude avant d'attaquer la quasi-colline sur laquelle se dresse le château d'Amboise. Un petit crachin désagréable se met à tomber quand nous arrivons, mais il nous suffit de nous greffer à la visite guidée qui vient de commencer à l'intérieur du château pour laisser cette petite contrarié de côté.



Le château d'Amboise a beau être celui que les guides touristiques conseillent en premier, c'est loin d'être le plus intéressant (le Clos Lucé et Château Gaillard valent largement plus le détour). Il y a finalement assez peu de pièces ouvertes à la visite et la déco comme le mobilier sont assez limités. Surtout, il ne reste malheureusement qu'environ 20% du château d'origine, la plupart des bâtiments ayant été rasés au 19è : des siècles d'abandon les avaient rendus dangereux et la facture de la restauration était beaucoup trop élevée pour que cette option soit envisagée. Heureusement, il reste la jolie chapelle, avec son fronton montrant Charles VIII et Anne de Bretagne devant la Vierge et sa dalle funéraire de Léonard de Vinci. Les jardins sont plutôt mimis aussi, mais là encore, la comparaison est un peu rude par rapport à hier.



Maintenant que nous avons coché les trois châteaux d'Amboise sur notre programme, nous prenons la route du petit village de Chançay pour découvrir les jardins du château de Valmer. Manque de pot, celui-ci est fermé le lundi, ce que le Routard a oublié de préciser. Dommage, il y avait enfin un rayon de soleil !

Il ne nous reste plus qu'à occuper notre après-midi avec les visites initialement prévues à Tours demain. Nous commençons donc par la cathédrale Saint Gatien, et la journée se poursuit sur le thème "ne tient pas la distance par rapport à ce que nous avons pu voir en début de semaine" : face à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, celle-ci, toute jolie qu'elle soit par ailleurs, est un peu à la traîne. Bon, sauf pour les orgues, qui écrasent allègrement toute la concurrence et comptent parmi les plus belles que nous ayons jamais vues. Points bonus également pour les vitraux et les explications très complètes qui les accompagnent. Saint Gatien a tout bon dans l'absolu, mais il est compliqué de passer après ce chef-d'oeuvre qu'est Sainte-Croix.



Après la pause déjeuner, direction la place Plumereau et les rues avoisinantes, dans le très vieux Tours, avec ses maisons à colombages et ses façades ornées de statues vieilles d'environ 500 ans. Au fil des vieilles ruelles, nous rejoignons l'ancienne abbaye Saint Julien, qui héberge aujourd'hui le musée du compagnonnage. Vous vous souvenez de l'entrée sur Fougères-sur-Bièvre, où j'affirmais que charpentier n'était pas un métier mais un art ? Nous en avons eu la preuve ici. Et c'est la même chose pour sabotier, vannier, chaudronnier, serrurier, ou que sais-je encore. La première salle du musée explique très clairement les origines du compagnonnage, ainsi que du fameux tour de France et du chef-d’œuvre que tout aspirant Compagnon se doit de réaliser, mais c'est la deuxième qui est particulièrement impressionnante : on y trouve exposés plusieurs chefs-d’œuvre de Compagnons qui ont demandé des centaines, voire parfois des milliers d'heures de travail, et on se dit en les découvrant que ces artisans-là sont un peu fous et totalement géniaux. Il faut le faire pour réaliser une maquette des hospices de Beaune en pâte à nouilles, ou une serrure dotée d'un piège à menottes ! On s'extasie à chaque nouvelle vitrine et on ne s'étonne plus vraiment que seuls 10% des jeunes qui entament un tour de France finissent Compagnons...

Chefs-d’œuvre de charpentiers


Pour terminer notre tour de Tours (haha), nous quittons la ville à proprement parler pour sa banlieue, et plus précisément le prieuré de Saint Cosme, où Pierre de Ronsard fut prieur les 20 dernières années de sa vie. Sans avoir jamais prononcé de vœux monastiques. Trop fort ! Mais religieux et poète, finalement, c'est un peu la même chose : on cultive son jardin, on taille dans le superflu et on s'intéresse à plus grand que soi. Le prieuré a été largement détruit pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, mais finalement, les ruines qui subsistent ont un côté très romantique. Ronsard est toujours enterré là et la sérénité de l'endroit, encore aujourd'hui, doit bien lui plaire. Côté visite, c'est plutôt bien fichu, avec des pupitres interactifs qui récitent des poèmes à la demande. La règle qui veut qu'on colle de l'art contemporain partout fait que le réfectoire des moines est occupé par une expo un peu trop moderne à notre goût, mais on a connu pire. Et pour donner à la visite un petit goût encore plus agréable, nous tombons dans le jardin sur un mûrier particulièrement généreux et en avance d'un bon mois. La poésie donne des super-pouvoirs à la nature !



Etape à Tours ce soir avant de rentrer à la maison demain. Le château de Valmer étant sur le chemin, nous nous y arrêterons forcément pour boucler cette première boucle autour des châteaux de la Loire.

dimanche 9 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 5 - Chaumont-sur-Loire, le Clos Lucé et Château Gaillard

Pour vous dire à quel point notre hôtel est idéal pour rayonner dans la région, ce matin, nous reprenons littéralement la route que nous avons faite hier soir pour aller dîner... mais cette fois, nous nous arrêtons au château de Chaumont-sur-Loire plutôt qu'au restaurant. Le temps a viré au gris et il tombe des gouttes éparses, mais ce n'est finalement pas plus mal : Chaumont est presque plus connu pour son Festival International des Jardins que pour ses intérieurs, et la visite aurait été difficilement supportable avec la canicule des derniers jours. La température est à peu près correcte et il ne pleut pas encore à seaux, c'est le créneau idéal pour faire le tour des installations paysagères de cette année.



Thème de 2017 : le pouvoir des fleurs. Les jardiniers/paysagistes/artistes internationaux invités proposent 24 tableaux différents au sein même du parc du château, avec un sous-thème par tableau. Des fois, on valide la petite explication fournie dans le guide, et d'autres fois, on se dit que les jardiniers doivent fumer leurs propres créations, parce qu'on ne voit pas bien où ils veulent en venir. Ou alors, nous sommes des béotiens - ce qui est tout à fait possible aussi. Dans une autre partie du parc, les petits jardins plus pérennes d'inspiration asiatique sont moins envahis par les touristes, mais ils ont aussi l'inconvénient d'être entourés d’œuvres contemporaines auxquelles nous n'adhérons pas du tout. La directrice actuelle du château est semble-t-il une grande amatrice d'art contemporain, et dans un château et un parc Renaissance, ça tranche un peu...



Faire le tour des jardins à la fraîche était une excellente idée, car la visite nous prend près d'une heure et demie, ce qui aurait été un supplice en début de semaine. Après le dehors, passons au dedans et à la partie historique. Le château de Chaumont appartenait à Diane de Poitiers, favorite d'Henri II, avant que la régulière d'Henri, Catherine de Médicis, ne force la favorite à le lui restituer en échange de Chenonceau. Le deal n'était pas trop vilain, ni l'une ni l'autre n'y a vraiment perdu au change : Chenonceau et son miroir d'eau sont certes très beaux, mais Chaumont a un petit côté "château Disney parfait" avec ses grosses tours rondes. La plupart des pièces ouvertes à la visite sont restées dans leur jus Renaissance, et pour une fois, on a même droit aux tapisseries qui vont avec. Malheureusement, on a aussi droit à d'autres œuvres contemporaines, qui nous amusent beaucoup moins que les Legos d'hier. A part la chapelle envahie de branches et d'oiseaux, ça détonne beaucoup trop pour nous.




Après un rapide passage par les écuries, considérées au 19è siècle (alors que Chaumont appartenait au prince et à la princesse de Broglie) comme les plus modernes et les plus luxueuses d'Europe, nous reprenons la route, cette fois pour la Touraine. Direction Amboise, la ville la mieux lotie du coin en matière de châteaux remarquables, puisqu'il y en a pas moins de trois. LE château d'Amboise, ce sera pour demain. Aujourd'hui, nous nous contenterons des deux plus petits - par la taille, mais certainement pas par la réputation.

On commence donc par le Clos Lucé, un peu pris d'assaut en ce premier dimanche des vacances d'été. C'est là que François Ier passa ses jeunes années, mais si le château est connu, c'est surtout pour avoir hébergé un certain peintre/ingénieur/inventeur/trifouilleur de génie pendant les trois dernières années de sa vie. Léonard de Vinci est venu s'y installer avec armes et bagages, plus une Joconde, un Saint Jean-Baptiste et une Vierge à l'Enfant avec Sainte Anne (autant dire pas ses œuvres les plus moches), y est mort en 1519, et ce séjour éclipse absolument tous les autres personnages historiques qui sont un jour passés dans les murs.




La reconstitution des pièces de vie et du studiolo du maestro sont très jolies, mais ce qui attire surtout l'attention, ce sont les maquettes réalisées d'après les plans d'origine de Léonard. On a beau savoir que le bonhomme était en avance sur son temps, on ne réalise vraiment à quel point qu'une fois confronté à des salles entières remplies de ses idées. Vélo, mitrailleuse rotative, hygromètre, compteur kilométrique, char d'assaut, bouée de sauvetage, automobile, parachute, pont pivotant... C'est simple, quand il n'en a pas eu l'idée lui-même avec 400 ans d'avance, il a perfectionné le design existant. Devant toutes ces inventions ultra-modernes, on finit par se dire que Léonard disposait d'une machine à voyager dans le temps ou avait un don de voyance. Ne pas pouvoir toucher aux maquettes exposées dans le château est assez frustrant, mais les concepteurs du musée ont pensé à tout : dans le parc, des versions grandeur nature ne demandent qu'à être manipulées. La roue à aubes, le marteau-pilon, le tank ou la vis d'Archimède sont intégrés comme des éléments de décor, entre les arbres et les cours d'eau. L'ensemble est très naturel, très bien fait, et réussit à intéresser l'ingénieur comme la tout-sauf-scientifique.




Nous nous accordons une petite glace au milieu du parc pour nous reposer un peu, puis nous partons à la découverte du château Gaillard. A l'origine, ce château-là n'était prévu au programme que demain, mais vu qu'il se situe à 500 mètres du Clos Lucé, il aurait été idiot de passer à côté.

De façon générale, si vous êtes de passage à Amboise, il serait idiot de passer à côté tout court, car comme dirait Benjamin, cette visite est épique. Certains guides touristiques ne font même pas encore mention de son existence et son histoire est rocambolesque : jusqu'à son rachat en 2011, Château Gaillard avait tout bonnement disparu des cartes, des mémoires et même des archives des Monuments historiques et du Ministère de la Culture. Pendant environ 80 ans, ce domaine de 15 hectares en plein Amboise, à deux pas d'un des sites les plus touristiques de la ville, a été tout bonnement invisible (un prince changé en bête aurait pu vivre là avec ses domestiques transformés en meubles, personne ne l'aurait remarqué). Les nouveaux propriétaires ont investi des sommes folles de leur poche pour remettre en état le château et transformer la forêt vierge qui l'entourait en jardin Renaissance, les travaux ont duré 5 ans, les touristes sont à nouveau les bienvenus, et la visite vaut vraiment la peine.




Le plus fou, dans cette histoire, c'est que le Château Gaillard n'appartenait pas exactement à n'importe qui : le château Renaissance a été construit sur ordre de Charles VIII, qui avait fait raser la forteresse médiévale existante après en avoir exproprié le fondateur (expropriation qui a probablement eu lieu depuis la plus haute fenêtre du donjon, d'ailleurs). Château Gaillard, c'est rien moins que le premier château avec jardins à l'italienne de France. C'est aussi là qu'un jardinier italien passé à la postérité, Dom Pacello, a réussi à acclimater les premiers orangers venus de Naples et créé la reine-claude. Et pour bien continuer la semaine des collections bizarres, les propriétaires ont rassemblé dans l'orangerie 60 des 62 espèces d'agrumes répertoriées dans le monde.




La visite guidée est passionnante et drôle, très riche en anecdotes historiques et sur les travaux pharaoniques qu'a nécessité le site. Le temps de la visite, on oublie totalement qu'on se trouve en ville, ce qui doit faire particulièrement plaisir à Dom Pacello, qui voulait faire de Château Gaillard un nouveau Jardin d'Eden. On joue à l'arbre généalogique des rois de France dans la salle des portraits, on essaie d'identifier les différents agrumes dans la grotte olfactive (zéro pointé pour nous ; mais depuis quand il y en a 62, aussi ?!) et on découvre des communs troglodytiques uniques en leur genre. Épique, donc. Vivement que tous les guides mentionnent le domaine, car tout ce travail mérite d'être récompensé et soutenu.




L'orage qui couve depuis ce matin éclate précisément alors que nous rejoignons la voiture. Timing parfait ! Après une journée aussi dense, il est plus que temps d'aller nous poser à l'hôtel. Nous attaquerons le crapahutage un peu plus tard demain matin, histoire de se rappeler que c'est quand même les vacances !

samedi 8 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 4 - Cheverny et Beauregard

Parmi la palanquée de châteaux que notre "base arrière" nous permet de visiter dans les environs, nous commençons ce matin par le plus connu des amateurs de BD : Cheverny, alias Moulinsart-avec-des-ailes-en-plus. La famille Hurault, qui possède le château depuis 600 ans, a choisi de jouer à fond la carte Tintin, et ça se voit dès la boutique : les tintinophiles doivent se bousculer au portillon pour acheter figurines de collection et livres dérivés. A peine la caisse franchie, on trouve même une exposition interactive consacrée aux "Secrets de Moulinsart", et comme nous avons un peu plus d'une heure devant nous avant le repas des chiens de chasse, c'est par là que nous commençons.


Tout pareil !



L'exposition propose des reconstitutions de certains accessoires aperçus dans la BD, voire carrément de plusieurs pièces emblématiques de Moulinsart, dont le salon du château pendant l'orage (mais si, vous savez bien, le coup de téléphone et la boucherie Sanzot ?) ou le laboratoire du professeur Tournesol. Et bien évidemment, elle fait la part belle au Trésor de Rackham le Rouge et à François de Haddoque, l'ancêtre du capitaine, qui planqua son trésor dans la cave du château. Pour le plaisir, on peut même découvrir une version à taille réelle du sous-marin en forme de requin conçu par Tryphon Tournesol que Tintin utilise dans ce volume. C'est ludique, c'est mignon et ça fait forcément un petit effet madeleine.



Une fois l'expo terminée, on repasse aux choses un peu plus sérieuses, ou en tous cas plus historiques. Le potager est absolument adorable, avec ses choux et ses poireaux qui poussent au milieu des roses et des hémérocalles (ma nouvelle fleur préférée), et la salle des trophées impressionne par son vitrail illustrant la sortie d'un équipage de vénerie. En parlant de vénerie, les chiens qui tournent en rond dans le chenil d'à côté commencent à montrer des signes d'impatience ; l'apparition de tous ces humains autour de leur chez-eux est signe que l'heure du manger approche ! Mais il reste officiellement une petite demi-heure à attendre, alors pour patienter, nous allons faire un petit tour dans le parc. La partie librement accessible étant limitée (il faut prendre un petit train et un bateau pour visiter le canal et l'ensemble du domaine), nous avons vite fait le tour et nous revenons assister au repas des chiens avec environ 90 % des visiteurs présents sur le site.



On chasse toujours à courre de nos jours à Cheverny, et la meute se compose actuellement de 130 chiens... que le préposé au manger est capable d'identifier et de nommer au premier coup d’œil. Tous les visiteurs sont très admiratifs, et un peu abasourdis quand 130 chiens de chasse de pure race se jettent sur leur gamelles comme s'ils n'avaient rien mangé depuis une semaine. On passe en une seconde des aboiements frénétiques au quasi-silence, et une fois que la meute a fini de manger, il n'y a même pas besoin de nettoyer les gamelles !

Le spectacle terminé, nous pouvons passer à l'intérieur du château. Pour dire les choses simplement, si Cheverny est excitant de dehors, vu de dedans, c'est une véritable merveille. La décoration est exquise, les tapisseries qui y sont conservées sont dans un état inouï (on dirait qu'elles sont sorties des ateliers hier) et la salle d'armes, avec ses armures et ses antiques pelles à tarte, est une petite merveille. On aurait adoré la visite telle quelle, mais depuis 15 jours sont venues s'y ajouter des sculptures pas banales : des reproductions des Fables de La Fontaine en... briques Lego. Des grands classiques aux fables plus obscures, les œuvres sont éparpillées dans toutes les pièces du château, sous forme de sculptures en 3D ou de reproductions en "tableau" des gravures de Gustave Doré. C'est tout bonnement GE-NIAL et très impressionnant : certaines œuvres ont demandé des dizaines d'heures de travail pour assembler plusieurs dizaines de milliers de briques (dont aucune n'a été créée pour l'occasion, tout a été réalisé à partir de briques existantes). On aurait bien ramené la boîte de Lego "Le Lion et le rat" à la maison, mais la boutique ne l'avait pas.



Après être bien retombés en enfance pendant une heure, il ne nous reste plus qu'à explorer les jardins dits "des Apprentis", en hommage aux jeunes en difficulté qui l'ont conçu sous la direction d'une paysagiste. Ce n'est toujours pas Versailles, mais il y en a tout de même plus qu'à Chambord, et la très jolie façade arrière du château ajoute un petit côté romantique.

Comme hier, changement d'échelle pour le château suivant, à savoir Beauregard. Malgré le nombre insensé de châteaux dans la région, il n'y en a pas deux qui se ressemblent et tous ont une spécificité qui rend forcément la visite intéressante. Ici, c'est un très grand parc à l'anglaise, avec beaucoup d'arbres et peu de jardins, et surtout, une galerie de 327 portraits historiques illustrant pas moins de 315 ans d'Histoire de France, de Philippe VI à Louis XIII.



La Galerie des Illustres a été construire sur trois générations, papy s'occupant des tableaux eux-mêmes, fiston des 5 600 carreaux en porcelaine de Delft représentant l'armée de Louis XIII qui décorent le sol, et la petite-fille, du plafond peint à la poudre de lapis-lazuli. L'avantage de la pierre semi-précieuse sur le pigment bleu, c'est que ça tient mieux et que le plafond n'a pas eu besoin d'être restauré depuis environ 300 ans ! On resterait bien assis à écouter la guide raconter des anecdotes sur les tableaux et l'Histoire de France pendant deux heures, mais il y a d'autres pièces à visiter, comme le cabinet de travail du fondateur du château ou la grande cuisine et sa batterie de 80 pièces en cuivre, nettoyées une fois par an sur deux jours. De façon plus surprenante, on découvre aussi une série de portraits de chiens (et un chat) de célébrités, réalisés par un ami photographe des propriétaires du château. C'est un chouia moins classe que cette espèce de livre d'or des rois de France dans la galerie d'à côté, mais c'est original !



La visite de l'intérieur est ultra-culturelle, mais étrangement, l'extérieur l'est aussi. Dans tout le parc sont disséminés des portraits tirés de la Galerie des Illustres et des anecdotes historiques ou linguistiques. C'est parfois un peu dense, et la chaleur à la limite du supportable n'encourage pas vraiment à tout lire, mais l'idée est bonne - surtout quand on a le droit, voire l'obligation, de marcher sur la pelouse pour partir à la chasse aux informations.

Ce soir encore, nous rentrons assez tôt à l'hôtel pour nous remettre de toute cette marche en plein cagnard et laisser la chaleur de la journée s'évacuer un peu. Demain, le soleil devrait être éclipsé par des orages ; sachant que nous devons passer la journée au jardin, on ne sait pas si on doit s'en réjouir ou pas...

vendredi 7 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 3 - Chambord et Villesavin

Comme promis hier, les choses sérieuses commencent ! Et par "choses sérieuses", j'entends bien sûr les "grands" châteaux de la Loire, ceux qu'on évoque à l'école, qu'on peut citer de tête et où se déversent des cars de touristes. A tout seigneur, tout honneur : c'est Chambord qui ouvre le bal.

Chambord, c'est un peu un petit monde en soi. Déjà parce que c'est grand : 5 440 ha, quand même, histoire de pouvoir chasser convenablement, jusque sous Pompidou et Giscard. Ensuite parce que c'est clos : le domaine est entouré par un mur de 32 km, ce qui est plus ou moins équivalent aux murs de Paris. Et enfin parce que... ben parce que ça claque, tout simplement. Avant même d'arriver sur le parking, sur la trèèèès longue rue menant au château et bordée des deux côtés par la forêt, les toits que l'on aperçoit nous laissent un peu bouche bée. On a beau avoir étudié François Ier à l'école, on n'est pas vraiment préparé à voir Chambord en vrai (c'est comme la tour de Pise, il y a des monuments qui auront éternellement une aura de carte postale).

Et pan, la photo qui va bien pour commencer

Du parking à l'entrée du château, il y a une belle trotte, et la température à 10h30 laisse craindre le pire pour la suite de la journée. Nous décidons donc de commencer par les jardins, histoire d'éviter l'insolation. De ce côté-là, Chambord n'est pas le mieux loti des châteaux de la Loire : parties de chasse obligent, le domaine est surtout intéressant pour ses forêts, et les jardins à la française sont vraiment riquiquis. On en fait le tour assez vite, au milieu des moucherons qui nous harcèlent (la court ne séjournait pas ici en été, on ne se demande plus pourquoi) et des hirondelles hystériques. Ce sera un peu le thème de la journée, d'ailleurs : les hirondelles se fichent pas mal que le toit sous lequel elles font leur nid soit classé monument historique, et tous les châteaux du coin sont affligés d'une véritable colonie de ces bestioles. Benjamin ayant une affection particulière pour les hirondelles, ne vous étonnez pas du nombre de photos de piafs dans l'album...



Retour à l'ombre du château pour la visite des appartements reconstitués. A l'origine, Chambord n'était pas conçu pour être habité à l'année, et le roi actuellement en poste et sa cour faisaient le voyage avec armes et bagages. Toutes les reconstitutions ne sont donc vraiment que ça, et la plupart concernent d'ailleurs les appartements tels qu'ils étaient occupés sous Louis XIV (c'est d'ailleurs lui qui a fait finir les travaux, le pauvre François n'a jamais vu son beau château terminé). Parmi les 80 pièces ouvertes à la visite, on découvre notamment des salles de trophées de chasse, les appartements du Maréchal de Saxe, la chambre de F1, comme dirait Benjamin... et plusieurs dizaines de pièces qui retracent la vie et le destin du comte de Chambord, alias le petit-fils de Charles X, alias le gars qui aurait pu être Henri V après la guerre contre la Prusse s'il avait seulement accepté de régner sous le drapeau tricolore, plutôt que sous le drapeau blanc de la monarchie. Il y en a qui n'ont vraiment rien retenu de l'Histoire !



A notre grand dam, le deuxième étage est consacré à une exposition d’œuvres contemporaines pour fêter les 40 ans du centre Pompidou. Au milieu de cette merveille architecturale, ça fait mal aux yeux... On se console en chassant la salamandre, emblème de François Ier, dans tous les coins (il y en a 800 dans tout le château, mais je n'ai de place que pour 650 photos sur ma carte mémoire, alors j'ai renoncé à toutes les photographier) et en explorant LE fameux escalier à double révolution chacun de son côté. La visite se termine au grand air, sur les terrasses, au milieu des 282 cheminées gothico-Renaissance qui rendent la silhouette de Chambord si unique. C'est bien la première fois de notre vie que nous nous extasions devant des cheminées !



Après un déjeuner rapide au café du château et un passage encore plus rapide par le micro-musée des carrosses (il y en a quatre en tout et pour tout), nous reprenons la voiture, un peu difficile à retrouver au milieu du parking géant, direction le château de Villesavin. Les proportions ne sont pas tout à fait les mêmes : le château, toujours habité, est mimi comme tout mais infiniment plus modeste. On le doit au secrétaire des Finances de F1 et superviseur des travaux de Chambord, Jean Le Breton, qui s'est fait prêter les architectes et les ouvriers d'à côté pour faire construire sa maison. Villesavin a donc été qualifié de "cabane de chantier" de Chambord. Moi, une cabane comme ça, j'en veux bien !



La visite guidée des appartements est assez courte, quoi qu'intéressante, et me permet de pratiquer mon italien avec des touristes qui ont des problèmes de communication avec la guide. Mais le château est surtout intéressant pour son musée des voitures hippomobiles (dont une énorme voiture de chasse qui devait être tirée par 6 chevaux), des voitures pour enfants (souvent tirées par des chèvres ou des moutons) et son musée du mariage. Ce sera sans doute la semaine des collections bizarres : après le houx hier et les boutons de vénerie à Chambord ce matin (le collectionneur en question a réussi à rassembler TOUS les boutons de TOUS les équipages de vénerie passés par la France), Villesavin propose la plus grande collection en Europe de... globes de mariage. Nous non plus, on ne savait pas ce que c'était, mais maintenant qu'on en a vu 350 d'un coup, on a compris : il s'agit d'une composition florale sous cloche offerte par la mère de la mariée à celle-ci. Bien évidemment, les fleurs ayant un langage, la composition en question a un sens... surtout quand on y ajoute des petits miroirs de formes différentes. Certains globes peuvent donc littéralement se traduire par : "Ma chérie, j'espère que tu seras heureuse de longues années avec cet homme que je ne valide pas forcément, mais qui t'a courtisée pendant 4 ans, et j'espère qu'il continuera à bien gagner sa vie parce que je compte sur 9 petits-enfants. Bisous, maman". On n'en revient pas de tant de bling...



Notre chambre d'hôtel n'étant pas disponible avant 17h, ce que nous réalisons évidemment en arrivant à l'hôtel à 16h, nous revenons sur nos pas pour aller tuer le temps au château de Fougères-sur-Bièvre. L'avantage de la région, c'est que les châteaux poussent comme des champignons et qu'il n'est pas compliqué de trouver à s'occuper ! Ce château-là a un peu les douves entre deux chaises, moitié médiéval et moitié Renaissance, ce qui s'explique par une construction échelonnée entre la fin du 14è et le milieu du 16è siècle. Les pièces sont malheureusement vides, mais la visite nous emmène jusque dans les combles du château et permet de découvrir la charpente. Pas de doute, charpentier, c'est plus un art qu'un métier ! A l'extérieur, le potager/jardin des simples d'inspiration médiévale est mimi comme tout, mais on en a vite fait le tour. L'objectif était de toute façon de meubler une petite heure, et il est rempli !



Ce soir, nous logeons au château de Laborde Saint-Martin, une base idéale pour visiter une tripotée de sites de plus ou moins grande importance dans la région, à commencer par un certain château de bande dessinée que nous découvrirons demain.

jeudi 6 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 2 - Meung-sur-Loire

"Le premier lundi du mois d’avril 1626, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle."
Cette petite merveille de la langue française, là, c'est la première phrase des Trois Mousquetaires, et la cause de tout ce tapage, c'est l'arrivée d'un certain d'Artagnan à Meung-sur-Loire. C'est ici que le futur capitaine des mousquetaires rencontre pour la première fois Milady et Rochefort, qu'on lui pique sa lettre de recommandation à M. de Tréville et que commence donc sa carrière d'empêcheur de tourner en rond professionnel. La groupie de Dumas que je suis cherchais depuis des années une bonne excuse pour mettre les pieds à Meung. Voilà, c'est fait !

Aujourd'hui encore, et pendant à peu près tout le séjour, les distances sont très réduites : une bonne demi-heure de trajet depuis Orléans par le chemin des écoliers et nous voilà à Meung-sur-Loire (ça se prononce "Main"). Qu'il soit encore trop tôt dans la saison ou que les touristes préfèrent ignorer tous les lieux qui n'ont pas trois étoiles dans le Routard, nous avons pratiquement le château pour nous tous seuls ce matin. Et ce n'est pas plus mal, parce qu'il y a une foultitude de choses à voir, à lire et à photographier, et c'est quand même mieux de faire tout ça quand il n'y a personne.



Médiéval et gris côté pile, classique et rose côté face, le château de Meung mélange les genres, et à l'intérieur, on passe allègrement des jolies pièces de vue reconstituées aux salles de torture souterraines. L'endroit a été le fief des évêques d'Orléans jusqu'à la Révolution, et la même Jeanne qu'hier y est passée en 1429 pour en chasser ces maudits Anglois qui s'y étaient retranchés. Des celliers à presque 8 mètres de profondeur au grenier où sont entreposés de vieux jouets d'enfants, en passant par la chambre de Madame, le salon de comédie, la blanchisserie, la chambre du malade ou la grande cuisine, on visite un très grand nombre de pièces, et toutes ont droit à un petit panneau explicatif très didactique. Ici, pas de minute culture soporifique à base de dates et de noms de rois, mais des anecdotes sur la vie quotidienne. On apprend par exemple qu'il faut stocker environ 800 serviettes de table, parce que les grandes lessives ne se font que deux fois l'an, ou que la viande rouge était considérée comme trop basique pour les nobles, qui lui préféraient les viandes noires (le gibier, quoi), la volaille ou le cochon.


Le château propose même une exposition temporaire qui retrace l'histoire des sous-vêtements depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours, et au sous-sol, trois vidéoprojecteurs diffusent un spectacle vidéo à 180°. Tout ça est extrêmement pédagogique, très bien fichu, et la visite restera comme une très bonne surprise du séjour. Rien que pour ça, il vaut bien la peine de s'arrêter entre Orléans et Chambord !


Juste en face du château, on trouve la collégiale Saint-Liphard, du nom d'un proche de Clovis qui vint redynamiser la ville après sa destruction totale par les Vandales au 5è siècle. Nous, on y a vu une église tout ce qu'il y a de plus classique (quoiqu'avec des vitraux signés Ingres dedans), mais comme on est curieux, on a quand même voulu savoir ce que doit faire une église pour se faire appeler collégiale. Réponse : être confiée à un collège de clercs. Si c'est le siège de l'archevêché, c'est une cathédrale, sinon, c'est une collégiale. Facile. Celle-ci se distingue d'à peu près toutes les églises de l'univers par le fait qu'on entre par le transept et non par la nef, mais à l'intérieur, on n'y trouve rien de vraiment mémorable. Il faut dire que passer après la cathédrale d'Orléans, c'est un peu compliqué...


Le château n'avait bizarrement pas de jardin à proposer, mais Meung compense avec pas moins de deux "Jardins remarquables". On commence par les Jardins de Roquelin, qu'on pourrait très bien rebaptiser "le paradis de la rose", vu qu'ils renferment tout de même 450 variétés de roses anciennes. Dans la patrie de Jehan de Meung, l'auteur du Roman de la Rose, forcément... Ce n'est plus tout à fait la saison pour les roses, mais le jardin à l'anglaise reste très agréable à parcourir et on y trouve un certain nombre d'animaux que les grands enfants trentenaires se font une joie de photographier. On ne sait pas à quoi ils nourrissent leurs oies, dans le coin, mais on n'en a jamais vu d'aussi grosses ! Les petits moutons noirs qui broutent les branches basses juste devant notre voiture, eux, ont l'air carrément intéressés par les lacets de mes baskets...


Le deuxième jardin remarquable n'ouvrant qu'en milieu d'après-midi, nous allons nous reposer et refaire le monde sur un banc face à la Loire, puis acheter à déjeuner au centre commercial. A 14 heures, la chaleur est difficile à supporter, et si nous avions su que l'arboretum des Prés des Culands était entouré d'eau, nous serions sans doute allés déposer nos valises à l'hôtel d'abord, histoire de passer les heures les plus chaudes de la journée à l'abri. Mais le guide touristique ne précisant pas ce détail, nous passons directement de la zone commerciale au jardin, par 35° et dans une moiteur de forêt amazonienne. Sans le spray anti-moustiques gracieusement proposé par le jeune homme à l'entrée, je ne sais pas dans quel état nous aurions fini !


Après les roseraies de Bulgarie et le jardin des mousses à Kyoto, on découvre ici... le jardin de houx. C'est même la deuxième plus grande collection au monde, avec plus de 450 variétés. Pas besoin d'être botaniste pour les identifier au premier coup d’œil le long de la promenade fléchée : s'il y a des feuilles qui piquent, c'est du houx. Le critère est assez basique, et à partir de là, Mère Nature s'est lâchée : il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, des très dentelées, des avec juste trois pointes, des sur de grands arbres, des sur de petits arbustes, des qui poussent en 3D et qui font un peu peur... Et au milieu de tout ça, des clématites (là encore, ce n'est pas la saison), des hostas et de jolies hémérocalles orange. Comme aux Jardins de Roquelin, la plupart des variétés sont à vendre. C'est un peu comme chez Ikea : on se balade, on note les références de ce qui nous plaît, et à la fin de la visite, on passe au libre-service acheter ses rosiers anciens ou son houx qui pique. Bon, nous, avec notre jardin de 3 m², nous ne sommes pas vraiment la cible, mais les amateurs et/ou les bons jardiniers ont de quoi faire !


Il n'est pas encore 16 heures, mais l'extérieur est une fournaise et nous n'avons aucune envie d'y rester plus longtemps. Si les pauvres serviteurs de la Renaissance devaient faire 40 voyages pour remplir une baignoire d'eau (une autre des minutes culture du château de Meung), nous, on a l'eau courante dans l'hôtel, et après les températures tropicales de l'arboretum, on compte bien en profiter. Demain, nous attaquons les choses très, très sérieuses !

mercredi 5 juillet 2017

Châteaux de la Loire, jour 1 - Orléans

Une fois n'étant pas coutume, nous allons passer quelques jours de vacances en France - et à moins de deux heures de route de chez nous, qui plus est. Nous avons la chance de vivre à la limite de l'Eure-et-Loir et tout près du Loiret, il serait dommage de se priver de tout ce que la région a à offrir ! Entre Touraine et Berry, il y a suffisamment à faire pour occuper trois semaines de vacances, mais on risque assez rapidement le trop-plein de châteaux, de jardins et de Renaissance. Pour cette année, on se contentera d'une d'une petite semaine de road-trip, et on reviendra plus tard, puisque c'est littéralement la porte à côté !

Non mais sans rire : à peine plus d'une heure de voiture, et voilà déjà notre premier château, Chamerolles, à une trentaine de kilomètres au nord d'Orléans. Entre le pont-levis et les grosses tours d'un côté et les jolies façades de l'autre, il hésite un peu entre forteresse et château d'agrément, mais ça fait partie du charme. Pour la petite histoire (jour 1, deuxième paragraphe, on attaque les minutes culture, ce doit être un record), Chamerolles est lié à un certain Lancelot du Lac. Véridique, c'était le nom du propriétaire sous François Ier (Dulac à l'origine, mais à une époque où on faisait un peu ce qu'on voulait avec l'orthographe, le bonhomme s'est ajouté une particule pour aller avec son prénom). La remise en état du château est assez récente, puisqu'il y a encore trente ans, c'était une véritable ruine. Quand on voit à quoi ça ressemble aujourd'hui, on se dit qu'il y a eu du boulot. Et moi qui trouvais que mettre six mois à aménager notre appartement, c'était un peu long...



Chamerolles est un petit château Renaissance mimi comme il y en a dans toutes les villes de la région, mais ce qui le rend unique, c'est sa Promenade des Parfums : une sorte de petit musée au sein même du château, où on découvre l'historique des parfums depuis l'époque où quelqu'un a eu la grande idée de remplacer la base d'huile par une base d'alcool. Et parce que parfums et hygiène sont liés (surtout à une époque où l'eau était considérée comme néfaste et où on se lavait à peu près une fois l'an), on a également droit à des reconstitutions de cabinets de toilette, dans tous les sens du terme. Sous les combles du château, la collection de flacons de parfum, donc certains datent du début du 20è siècle, est assez unique. C'est l'occasion de découvrir que L'Air du Temps de Nina Ricci et Shalimar de Guerlain n'ont pas changé de tête depuis environ 60 ans !

Pleeeein de miniatures

Alors que le soleil tape déjà dur (grande idée d'avoir visité le parc et le jardin avant l'intérieur du château), nous reprenons la route pour le centre très très historique d'Orléans. Ce n'est pas le quartier idéal pour trouver un distributeur de billets et une supérette, mais une fois le déjeuner avalé et un peu de liquide en poche, nous nous rendons à l'hôtel Groslot, du nom du bailli de la ville au 16è siècle. Le petit jardin public attenant est chou comme tout et offre une jolie vue des tours de la cathédrale. L'hôtel lui-même est légèrement bling (le salon d'honneur pique les yeux, avec ses dorures et ses 36 représentations de Jeanne d'Arc), mais c'est sans doute la fonction qui veut ça : le bâtiment a servi de mairie à partir de la Révolution, et même si la municipalité actuelle a déménagé de l'autre côté de la rue, on y célèbre encore les mariages. Dans la salle où est mort celui qui aurait dû être François II. Ça ne plombe pas une cérémonie, ça ?



Une fois les six salons ouverts à la visite parcourus en long, en large et en travers, nous n'avons qu'à traverser la rue pour découvrir le très gros morceau du quartier : la cathédrale Sainte-Croix. Autant le dire tout de suite, si vous êtes allergique à Jeanne d'Arc, passez votre chemin. A Orléans, la Pucelle est forcément partout, et à plus forte raison dans la cathédrale, qui l'a vue passer en 1429. Même si l'édifice n'a plus rien à voir avec celui que Jeanne a connu (les Protestants l'ont pour ainsi dire rasé pendant les guerres de religion), il est largement dédié à sa gloire. Les vitraux qui retracent son histoire, de Domrémy au bûcher, sont d'ailleurs franchement superbes. On ne peut pas en dire autant de la statue où la Pucelle est entourée de deux léopards dorés, mais on ne peut pas tout avoir... A noter que la statue en question est entourée de plaques commémoratives en l'honneur des soldats anglais (et américains) qui aidèrent le bon peuple de France à bouter l'Allemand hors du royaume pendant la Première Guerre mondiale. On s'est demandé comment Jeanne le prenait.



Dernier arrêt à Orléans : le parc floral de la Source, ainsi nommé parce que c'est là que le Loiret, le plus petit affluent de la Loire, sort de terre. En surface, le fleuve ne coule que sur 13 km, mais il suit apparemment aussi un réseau de galeries souterraines d'environ 40 km. Et comme l'air de la région est plutôt sympa et que le Loiret ne gèle jamais, ses berges abritent une colonie de flamands roses. Parfaitement, on a les photos qui le prouvent. Le parc s'étend du 35 hectares et se divise en plusieurs jardins thématiques, dont une roseraie, un jardin d'iris (c'est pas la saison), un jardin de dahlias (c'est carrément la saison), un potager, ou encore une serre aux papillons.



La chaleur sèche de l'extérieur (il fait 32°) est assez difficile à supporter, mais la chaleur humide de la serre, c'est encore pire ! On est en eau à la fin du parcours, mais c'est pour la bonne cause, car la chasse (photographique seulement) aux papillons est une activité qu'on ne fait pas tous les quatre matins. Nous avons malheureusement loupé le site où le Loiret quitte ses grottes à gros bouillons, mais avec la chaleur, il n'est pas question de parcourir à nouveau l'intégralité du parc pour le trouver. D'autant que nous avons oublié les bouteilles d'eau dans la voiture et qu'une de mes sandales a choisi le premier jour des vacances pour rendre l'âme...



Avec cette température, c'est assez pour aujourd'hui ! Ce soir, nous logeons à Orléans, et dès demain, nous partons sur les traces d'un certain mousquetaire Gascon...

vendredi 14 avril 2017

Grèce, jour 13 - Thessalonique

Pour notre dernier jour en Grèce, nous allons prendre le pouls de Thessalonique, deuxième ville du pays après Athènes. Après presque deux semaines de ruines et de culture remontant à bien avant notre ère, tant de modernité, c'est un rude retour à la réalité ! Il faut dire que la ville (nommée d'après une demie-sœur d'Alexandre le Grand, encore lui) a été intégralement détruite par un incendie il y a tout juste un siècle et que tout a dû être reconstruit. Les églises byzantines du 15è siècle qui poussent comme des champignons entre les immeubles sont donc d'autant plus étonnantes.

L'arc de Galère

Nous avons plutôt bien choisi notre jour pour découvrir une tranche de vraie vie dans une grande ville grecque : aujourd'hui, c'est Vendredi Saint, ce qui veut dire jour chômé pour ceux qui ne travaillent pas dans les restaurants ou les magasins. Ce matin, l'ensemble de la population se retrouve dans les églises de Thessalonique pour assister à la messe et faire la queue devant les icônes. On assiste aux mêmes scènes que l'an dernier en Bulgarie (à croire qu'on fait exprès de planifier nos vacances autour de la Pâque orthodoxe), avec allumage de cierges à la pelle et bisous en série sur les icônes. Bon plan pour les deux touristes : les églises dont l'entrée est normalement payante sont gratuites, et celles qui devraient être fermées sont ouvertes. Mauvais plan : c'est archi-plein et il faut marcher sur les orteils des fidèles pour espérer approcher suffisamment des fresques.



Benjamin avait fait les choses bien et prévu un parcours assez court pour couvrir toutes les choses à voir, mais c'était sans compter sur ce jour férié et le musée archéologique ouvert seulement à partir de midi. Après un petit tour sur le front de mer, avec sa Tour Blanche et sa statue équestre d'Alexandre (on est toujours dans ce qui était autrefois la Macédoine et on vous rappelle à tous les coins de rue que le Conquérant est du coin), nous partons donc pour une randonnée de deux kilomètres jusqu'à la ville haute et à ses fortifications. Pourquoi faut-il qu'on s'inflige ce genre d'expédition le dernier jour, quand nous sommes bien fatigués, je vous le demande... Cela dit, la vue sur le golfe de Thessalonique est jolie et la balade se fait au son des cloches de toutes les églises des alentours, qui rappellent à ceux qui seraient passés à côté de la date qu'il faut aller faire son devoir de croyant.



Nous totalisons déjà trois heures de marche depuis ce matin, et il faut encore redescendre ces fameux 2 km pour rejoindre le musée archéologique, qui est enfin ouvert. Très pédagogique (traduction : il y a beaucoup à lire, mais c'est très instructif), il regorge de pièces en très bon état de conservation et on en apprend énormément sur Thessalonique de la préhistoire à la période romaine. Mention spéciale au cratère de Derveni, une urne funéraire de 40 kg qu'on dirait intégralement en or, mais en fait pas (ce n'est qu'un alliage de cuivre et d'étain). La salle consacrée à "l'or de Macédoine", des bijoux récupérés dans les tombes de la région, est superbe, et contrairement à Vergina, on a le droit de prendre des photos. Alors je ne me suis pas privée, parce que je suis toujours frustrée de ne pas avoir pu ramener de souvenirs tangibles de celles d'hier.

Non mais peut-on parler de cette finesse deux secondes ?

Le temps de faire le tour du musée, il est déjà 15h, les magasins fermés ce matin ont ouvert leurs portes et les Grecs ont délaissé les églises pour les terrasses des restaurants et les boulangeries qui vendent de grosses brioches de Pâques. Vu le temps qu'il fait, ils auraient tort de se priver ! Nous réussissons à trouver un restaurant pas trop bondé pour déjeuner, puis nous reprenons le chemin de notre hôtel pour une petite sieste. C'est fou comme ça fatigue, les vacances...


Retour dans notre démocratie à nous dès demain, avec une escale à Athènes avant l'avion pour Paris (on a préféré prendre l'avion de Thessalonique à Athènes plutôt que de tout redescendre en voiture ; la conduite en montagne, ce n'est tout simplement plus possible). En un peu moins de 15 jours, nous avons fait le tour des sites les plus importants de Grèce continentale et avons le sentiment d'être suffisamment imprégnés d'Antiquité pour quelques années. Rome attendra un peu... Quant aux îles grecques, elles feront sans doute l'objet d'un prochain voyage, mais là, il y aura sans doute beaucoup plus à voir à 30 m de profondeur que sur la terre ferme !

jeudi 13 avril 2017

Grèce, jour 12 - Vergina

Finalement, avoir fait cinq monastères sur six hier nous a laissé un petit goût d'inachevé. Puisque nous avons passé la nuit sur place et que le détour n'allait pas vraiment nous retarder, nous avons repris la route des Météores pour grimper jusqu'au monastère (ou le couvent, vu que ce sont des religieuses qui l'occupent) de Roussanou. Par rapport à ceux d'hier, ce n'est pas vraiment spectaculaire et la visite est expédiée en 10 minutes. Mais on sait maintenant ce qui distingue le Roussanou de ses voisins : le jardin des moniales est chou comme tout !



Notre périple continue, et aujourd'hui, pour changer un peu, nous avons rendez-vous avec les Macédoniens. Le village de Vergina, à 2h de route des Météores, s'appelait il y a fort fort longtemps Aigai (ou Aigès, ça dépend des versions). Ça ne dira sans doute rien à personne parce qu'on n'apprend pas ça à l'école, mais c'était la première capitale du royaume de Macédoine, et après le transfert de celle-ci à Pella, c'est resté la nécropole royale. Pensez basilique Saint-Denis version plein air, avec tumuli à la place des gisants. Aujourd'hui, on visite le tumulus royal reconstitué et transformé en musée souterrain. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on a pris une sacrée claque.

Couronne et coffre funéraires en or de Philippe II (via www.milmed2016.gr)

Les photos à l'intérieur du musée sont malheureusement interdites, et à une exception près, nous n'avons pas réussi à tricher. Du coup, cet article sera illustré par des photos pompées sur Google Images, parce que ce serait trop triste de ne pas vous donner un aperçu des merveilles retrouvées dans les tombes royales. Les fouilles des tumuli de Vergina n'ont commencé qu'en 1984 (non, il n'y a pas d'erreur sur la date), mais ça valait le coup d'attendre si longtemps, car le bonhomme qui reposait là n'était autre que Philippe II de Macédoine. Pour ceux qui n'ont pas suivi à Olympie, on parle du papa d'Alexandre le Grand. Un roi qui a triplé la superficie de son royaume, réformé toute l'administration et l'armée, donné un coup de fouet aux arts et de façon générale dégagé un boulevard à son fils pour qu'il devienne le plus grand conquérant de l'Histoire. Alex avait de qui tenir, papa n'était pas exactement une quiche en politique. Accessoirement, comme c'est Alexandre qui a organisé les funérailles de Philippe II, on sait qu'on marche littéralement dans ses pas (à notre petit niveau, hein, parce que nous, on ne conquerra jamais la Perse). Et ça, c'est sacrément intimidant.

Ustensiles en bronze (via visitgreece.gr)

L'avantage des tombes scellées hermétiquement, c'est qu'elles sont pour ainsi dire intactes quand on les ouvre 2 500 ans après. Et quand celui qui est enterré dedans est un personnage si éminent, les découvertes sont grandioses. Nous ne sommes pas encore bien remis des couronnes ou des armures funéraires en or ouvragées, d'une finesse et d'une précision qui feraient pleurer les bijoutiers de la place Vendôme. Ou du service à banquet tout en argent, dans un tel état de conservation qu'il suffirait d'ouvrir la vitrine pour en organiser un là tout de suite. Les armes en fer ont forcément moins bien résisté (on dirait du bois tellement elles sont oxydées), mais les jambières en bronze, les plastrons en or et le bouclier en ivoire et or compensent largement.

Le bouclier en or et ivoire de Philippe II (© gettyimages)

Et si le musée est bâti à l'emplacement du tumulus royal d'origine, ce n'est pas pour rien : entre les vitrines, on peut découvrir l'entrée des tombes royales pratiquement dans leur jus. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça en jette. Outre celle de Philippe II, on trouve aussi celle d'Alexandre IV, fils d'Alexandre le Grand, assassiné quand il avait à peu près 13 ans (quelqu'un a dû avoir peur qu'il soit aussi doué que les autres hommes de la famille). Pour ceux qui voudraient savoir où se trouve la tombe du Conquérant... vous n'êtes pas les seuls ! Le garçon est mort à Babylone et personne n'a jamais découvert où il avait été enterré. En tous cas, ce n'est pas à Vergina !

La tombe de Philippe II (© Joseph Sakalak via flickr)

La visite est relativement courte et il n'y a vraiment rien à voir à l'extérieur (le musée dédié à Alexandre est en cours de construction, et le palais d'Aigai, de reconstruction), mais on ressort du musée avec un seul mot à la bouche : waouh ! On en a pris plein les mirettes : malgré les lumières trèèès tamisées du musée, tout cet or, ça met des étoiles dans les yeux. On n'aurait jamais parié dessus, mais Vergina restera sans aucun doute un des moments les plus forts du séjour !

Après le déjeuner, retour dans la voiture pour une petite heure de route jusqu'à Thessalonique, ultime étape de notre voyage grec. Nous en avons enfin fini avec la conduite en montagne...