dimanche 13 avril 2014

Japon, jour 4 - Sendai/Tsuruoka

Ce qui devait être une journée presque tranquille s'est finalement transformée en parcours du combattant... Thème de la journée : "lost in translation" !

Ce matin, au revoir Tokyo : nous prenons le shinkansen (pas le plus direct, mais par conséquent, pas le plus cher non plus) pour Sendai aux alentours de 9 heures, avec armes et surtout bagages. Le voyage se fait en deux heures sans le moindre problème (sauf si on considère l'arrêt à Fukushima comme un problème !), en pleine campagne et avec les montagnes qui commencent à se découper à l'horizon.

C'est à la gare de Sendai que les choses se gâtent. L'agence de location où nous devons récupérer la voiture est très mal indiquée et nous devons revenir deux fois sur nos pas et réclamer l'aide des employés d'une autre agence pour la trouver. Une fois arrivés à bon port, nous constatons que la personne qui parle le mieux anglais n'a que cinq mots de vocabulaire... Mais grâce à plusieurs pierres de Rosette moderne (une fiche bilingue anglais/japonais et une application de traduction pour smartphone), nous finissons par prendre possession de la voiture avec son GPS anglais. Ou pas. Car le GPS n'a d'anglais que le menu principal ; tout le reste est en japonais. Et quand je dis "tout le reste", je parle également de la saisie des destinations. Allez donc taper des kanjis dont vous ignorez totalement la signification...

Heureusement, pour ce premier jour, l'employée pas vraiment anglophone de l'agence nous aide à saisir notre première destination : le temple Churen-ji, quelque part aux environs de la ville de Tsuruoka. Un peu inquiets mais tout de même confiants, nous prenons la route pour le site indiqué par le GPS. Une heure et demie plus tard, nous voici sur place. Sauf que "sur place" n'a rien à voir avec ce qu'indique le guide. Nous sommes perdus au milieu d'une petite ville qui ne semble pas du tout posséder de temple d'un attrait particulier. Il faudra l'aide d'un couple d'une incroyable gentillesse, ne parlant pas un mot d'anglais mais maîtrisant très bien la langue des signes, pour nous faire comprendre notre erreur : nous ne sommes pas dans la bonne préfecture ! Certains lieux-dits peuvent porter le même nom et se trouver dans des préfectures totalement différentes. C'est le cas de Churen-ji : le GPS nous a emmenés dans la préfecture de Miyagi, il fallait viser celle de Yamagata.

Grâce à la carte gentiment fournie par nos sauveteurs, nous prenons la route de Tsuruoka. Rien de tel qu'une bonne vieille carte avec les numéros des routes pour s'y retrouver ! Nous réalisons que nous sommes sur la bonne voie lorsque les panneaux portant les noms des différents sites touristiques de la région commencent à apparaître. La mésaventure nous aura tout de même fait perdre une bonne heure, et le site que nous cherchons n'est pas tout près. Nous voilà donc repartis pour un peu plus d'une heure de route, au milieu des montagnes et de superbes paysages très, très enneigés. Car la particularité de la neige nippone est de ne pas fondre même lorsqu'on nous indique 15 °C à l'extérieur...

Après toutes ces péripéties, nous arrivons finalement àChuren-ji, un temple loin de tout que l'on visite surtout pour un résident très particulier : la momie d'un moine qui a réussi à... s'auto-momifier de son vivant. "Ils sont fous, ces Japonais", la suite. Pour ceux qui seraient tentés, la méthode consiste à se nourrir exclusivement de graines pendant mille jours, puis d'écorce de pin pendant les mille jours suivants, et enfin à boire du thé à base d'une substance toxique qu'on utilise dans la composition des laques. A quoi ça sert, me demanderez-vous ? Tout simplement à devenir un Bouddha vivant (enfin, avant que le corps lâche, quoi), c'est-à-dire à atteindre l'illumination en conservant sa corporéité. Beeeen voyons...


(Pas de photo de la momie, l'homme est trop saint pour être pris en photo)

Nous avons le privilège de visiter le temple avec un moine qui se fait un devoir de tout nous expliquer... en japonais. Heureusement que nous avons droit à une petite brochure en anglais pour résumer ! Le jeune couple de Japonais présent en même temps que nous en profite bien davantage, et à la fin de la visite, nous prenons le temps d'échanger quelques mots en anglais. Monsieur se débrouillant très bien, nous aurions dû lui demander de faire l'interprète !



Nous avons perdu de précieuses heures en début d'après-midi, mais pas question de partir sans avoir vu le Mont Hagura, le lieu de culte le plus vénéré du Japon, mélangeant religions shintoïste et bouddhiste. Au sommet du mont, on découvre un ensemble de constructions religieuses encore à moitié enfouies sous la neige, dont un très beau temple au toit de chaume d'où s'échappent les mantras des moines en pleine célébration. Pas question d'oser les déranger, nous profitons de la vue depuis l'extérieur. L'endroit est d'un calme absolu, l'idéal pour se détendre après le stress du début d'après-midi. Les touristes s'y font très rares en raison de l'heure et surtout de la saison. Un photographe français croisé par hasard, qui a l'air de bien connaître le coin, nous apprend que les sanctuaires situés sur d'autres montagnes des environs n'ouvriront pas avant début juillet car ils sont toujours sous cinq mètres de neige !



Nous quittons le sommet du Mont Haguro et profitons de la petite heure de jour qu'il nous reste pour découvrir un autre site qui fait la célébrité de l'endroit : une pagode en bois à cinq étages, perdue au milieu d'une forêt de cèdres et érigée à côté d'un arbre âgé de mille ans. C'est une véritable splendeur, et là encore, un lieu parfaitement calme, où l'on imagine très bien les moines se retirer pour méditer. 



Avec tout ça, il est déjà 18 heures et plus que temps de reprendre la route pour Sendai. Le trajet du retour se fait en un temps record (deux heures) grâce à une interprétation toute personnelle des limitations de vitesse par Benjamin. Cette fois, aucun problème pour trouver notre hôtel : le GPS japonais a ses défauts, mais il permet de saisir une destination d'après son numéro de téléphone. Pas pratique quand on cherche un temple bouddhique perdu dans la montagne, idéal quand on rentre à l'hôtel. Nous finissons cette journée riche en émotions dans un petit restaurant où nous sommes accueillis comme des rois, servis en deux minutes chrono et traités avec tous les égards pendant le repas. De quoi oublier les frustrations du début de journée.

Au programme de la soirée : faire la liste de tous les numéros de téléphone possibles pour nos visites à venir. Et en l'absence de numéro, se rabattre sur la latitude et la longitude, des données qui ont fait leurs preuves et que l'on peut également entrer dans le GPS sans risque d'erreur. Pas question de reproduire les erreurs d'aujourd'hui !

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